Productions Minérales

Grimpeurs et alpinistes sensibles à la verticalisation du paysage, décèlent dans la ligne évidente, l’élégance d’un tracé et en ouvrent mentalement la voie, qui bientôt ne sera plus projection mais réalisation physique. Nommer une voie, c’est un peu prolonger la pensée de l’ouvreur. Une fois baptisée, elle portera une symbolique esthétique, politique, artistique, etc…ainsi qu’une mémoire, une allégorie ou un message, un hommage. Ouvrir et nommer une voie est un moyen d’expression libre qui fort heureusement, échappe encore à la pression de notre société.

Quand la pente se redresse, la « quadrumanie » prend spontanément un relais dans l’art du mouvement. Ce quadrumane de l’instant met en place une coordination de ses attributs locomoteurs, en faisant lecture des évènements géomorphologiques qu’il doit déchiffrer. Se mouvoir dans l’espace montagnard dans une sécurité relative, implique phases d’apprentissages combinées à un certain volume de pratique. Etre autonome sur une corde, ou interpréter une information de terrain, serait en somme l’approche rudimentaire de notre « orophile contraint ». Se déplacer à l’amble avec ses quatre membres dans un plan horizontal, restent réflexes archaïques. Ces comportements régressifs spontanés, matérialisent ces réminiscences enfouis au plus profond de l’individu se remémorant, cet état primitif qui était le sien. La normativité sociale tendra à éconduire toutes manifestations de cette attitude réductrice pour notre espèce. Celle-ci affiche un aspect transgressif notoire, de par son caractère de « conduite à risque », toujours illégitime dans les usages sociaux. De plus, la notion d’élévation reste un privilège fondamental de la spiritualité religieuse ou de manière détournée, du prestige social. Le grimpeur s’affiche tel un jacobin, qui persiste à défier les codes de la moralité.

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La qualité des roches métamorphiques de cette zone offre des variations de schistosités, incluant feuillets fragiles à utiliser avec délicatesse, dalles compactes stabilisées et systèmes de fissuration géométriques. De manière générale, le rocher n’est jamais engageant, il demande bonne lecture, pour en tirer le meilleur profit.

La paroi rocheuse du Plan du Gar, connait un évènement géographique majeur fin xix° siècle en subissant un éboulement conséquent, générant un profond couloir dans sa structure.

Narcisse Candau est originaire du village de Fos, personnage atypique et doué, dixit son cousin Maurice, qui me conta de son vivant, quelques anecdotes de leur enfance qui déjà, le prédestinaient à sa vocation. Il devient guide et en toute infidélité avec ses Pyrénées natales, exercera son métier dans le massif des Ecrins. Dans ses montagnes d’appartenance, il nous laisse quelques traces de son activité Pyrénéiste, notamment au dans la face Nord du Pic Long, au Cap de Paou en 1964, en face Nord du Maupas en 1961, ou dans la face Nord du Batoua dans la vallée du Rioumajou. La mémoire autochtone l’a injustement oublié du patrimoine local. Il se peut que Narcisse ai parcouru ces dalles qui bordaient le paysage vertical de son quotidien, pour ses exercices de reptation verticale.

Le guide et secouriste Pascal Sancho, Fosséen d’appartenance, me confia que dans sa prime jeunesse, il prospecta ces dalles défiantes, en laissant quelques clous dans les parties les plus attractives. Vestiges confidentiels du microcosme montagnard.

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L’affleurement rocheux qui borde ce plan d’eau qui élargit la Garonne à cet endroit, suscite une certaine curiosité. Aussi, ce jour-là avec Jean Baptiste, quand nous avons prospecté la falaise, sur le sentier de l’approche, une poussée providentielle de morille nous a offert une cueillette improbable.

Petit clin d’œil à Tonton Georges grand pourfendeur de la connerie humaine, et son œuvre réconfortante dans tous ces moments de détresse sociale.

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Secteur confidentiel, à l’Est de la face Nord du Pic de l’Escalette, la face Nord du Roc des Graoues abrite un itinéraire d’initiation le « Couloir du Cap Pélat », et une voie plus exigeante, « Le Renard et La Rose », ouverte avec Roland, après une tentative infructueuse dans une ligne trop audacieuse pour nos ambitions, faute de défaillance de mon moral, ce jour-là. Cette ligne évidente et oubliée, nous la dédions à une icône du monde pastoral de la vallée de Melles, Roos, bergère et éleveuse de son état, trop tôt disparue, et Olivier Renard Guide et Secouriste « patron » du PGHM de Luchon, personnage charismatique débordant d’humanité et engagé pour la cause montagnarde, parti prématurément, ce « Tonton Guidos » qui doit maintenant s’encorder avec Rébuffat, Terray, Boivin, Thinières, Berhault, Bunny et tous les autres.

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La face Sud du Piton de L’Escalette (piton rocheux supportant la cabane pastorale) révèle une géomorphologie propice à des itinéraires utilisant de profondes cluses où se dissimulent, rampes et goulottes

« Toca Manetes, Ventré Conflat » (« Toucheur de Mains, Ventripotent » en Occitan) :   Les natifs de retour au pays, engagés en politique, invalident une logique de développement local, parce que, la plupart du temps, leurs valeurs vont s’avérer surannées. La réalité de terrain révèle des besoins que ces individus responsables et décideurs n'arrivent pas encore à identifier. Le mode relationnel avec ces individus “innocents les mains pleines”, se base sur ce principe fondamental qu’est “l’art de passer pour un idiot devant des imbéciles”, simple hypocrisie notoire de circonstance.

 

« Le Triomphe des Médiocres » est dédiée à ces autochtones reconnus d’inutilité publique, porteurs d’une pensée archaïque, toxique au collectif, qui révèle leur véritable haine à l’encontre du Néo-montagnard, en adoptant des attitudes délicieusement caricaturales. Cette voie, son premier parcours m’a réservé autant d’émotions solitaires que ce conseil municipal mémorable du village où je réside, dans lequel invité, le cerbère de la vieille garde locale, m’a foudroyé de quelques phrases martiales, confirmant ma juste perception de notre réalité valléenne. J’ai donc décidé d’équiper la deuxième partie de l’itinéraire, et ainsi limiter l’exposition de certains passages.

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La face Sud de la Mallède Espesa, sommet satellite situé sur l’arête qui connecte le Pic de l’Escalette au Col de Caube, surplombant de son raide versant le Sentier des Gardes, est structurée de goulottes et couloirs qui s’immiscent dans le ressaut terminal. Le « Canau de l’Aouech Majou » (le Couloir du Grand Sapin en Occ) est une ligne que j’ai parcourue en version sèche, dans lequel les ancrages horticoles de rigueur, ont conféré à l’ensemble de l’itinéraire, une certaine tonalité Ecossaise. L’approche de ce secteur reste au demeurant aléatoire. Traverser la Pale de Rouge copieusement chargée, est un jeu pouvant se révéler dangereux. Ce paramètre conférant de fait un léger caractère d’inaccessibilité de cette Mallède Espesa, sauf sous rares conditions optimales.

Le modeste critère altitudinal, doublé d’une exposition méridionale, impose quelques chocs thermiques préjudiciables aux conditions du secteur. Ce facteur limitant oblige à une réactivité de circonstance.

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Souvenirs de ma jeunesse Languedocienne et de mes corps à corps avec les calcaires des garrigues Audoises. Le plus caractéristique c’est la fragrance de cette nature aromatique qui exhalait sous nos pas, mon père et moi, dans l’aube de ces départs matinaux de chasses, au cours desquels je découvrais cette géographie caractéristique faite de variations de terrains, sur lesquels alternent, vignes, bartas (buissons épineux en Occitan), pins, amandiers, affleurements de grès et de calcaires. Associée à ces figures masculines en charge de mon apprentissage, il y’a l’image de mon arrière-grand-mère, qui incarnait cette France d’autrefois, transpirant l’authenticité et la bienveillance. L’omniprésence de l’Occitan dans l’expression de son quotidien était fascinante. Cette langue d’apparence réservée aux anciens, semblait conserver en l’état une époque dans laquelle la société populaire appréciait sa condition, en tenant tête aux évènements historiques qui la malmenaient. Ce parlé vernaculaire intouchable à mes yeux, avait ce pouvoir, de par sa puissance métaphorique débordante et son champ lexical démultiplié, de défier le français institutionnel et de fait, singulariser celui qui le maitrisait. 

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« Maintenant, nous resterons » (Ara, demorarem…en Occitan), nous les Néo-montagnards, terrorisons l’autochtone, et intrusions la vie du paisible retraité Haut-Commingeois. Les situations clivantes et autres sujets contentieux entre gens du cru et “étrangers”, entravent toute dynamique et projection. Ces phénomènes fragilisent cette inconsistante cohésion sociale. La peur et la méfiance de l’autre, prennent souvent racine, dans un terreau d’ignorance. Cette notion du “Mauvézin” (Mauvais Voisin en Occitan) reste un héritage culturel Pyrénéen qui fait contre-emploi. De faits, les Pyrénées Hauts-Garonnaises restent une exception en matière de développement local, sur l’ensemble du massif Pyrénéen. Par le plus pur des hasards, ce sont des Néo-montagnards qui s’engagent à promouvoir l’image de ce territoire. Tout en faisant l’apologie de cette culture Pyrénéenne, comble de l’absurde, ils œuvrent pour leurs principaux détracteurs. Empathie, altruisme et bienveillance semblent devenues valeurs obsolètes. Seul l’accumulation de biens, reflet de notre pensée matérialiste, prime. Il s’avère difficile de concéder quelques pas supplémentaires entre son véhicule et son domicile, ou de se baisser et ramasser ce déchet insignifiant souillant le bord du chemin, dont la banale évidence empêche toute réaction de notre part.

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La Montagne est un support pédagogique idéal pour imprégner les enfants de cette « Education du Dehors ». Certains savourent cette « Vie Rêvée des Anges » à la tonalité Pagnolesque, en courant la colline Pyrénéenne. En somme, ils donnent sens à cette valeur éducative prescrite par ces parents engagés dans la voie d’un modèle d’existence dédié à une proximité avec l’environnement. Le paysage minéral de nos vallées, offre quelques potentialités pédagogiques. Blocs et affleurements compacts invitent à poser une corde sur ancrage naturel pour improviser quelques rochers-écoles fort ludiques. Ce qui complètent à merveille et donne de l’épaisseur à une journée en montagne passée en famille.

A quelques centaines de kilomètre des Pyrénées, au cœur du Caroux, le ravin du Roucayrol, à deux pas des gorges de la Colombières, nous offre de nouvelles voies aux caractères pédagogiques évidents. Sous l’impulsion des quatre générations conjointes de la famille Veziers (Edmond, Lionel, Guilhem, Ange et Faustine), leur travail d’équipement, perpétue cette tradition familiale d’une certaine pratique de la montagne. Dans les Pyrénées, dans la même démarche, Les Thivels, pére et fils (Rémi et Martin) nous proposent « l’Espolon dé los Muchachos » sur les contreforts de la voie normale de l’Ossau. Enfin Le clan Ravier (Jean, Pierre, Paul, Christian, Pascal…), institution Pyrénéiste à eux tous, laisse en héritage, nombreux itinéraires en coproduction.

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La géomorphologie calcaire du massif de l’Escalette offre quelques petites merveilles en terme de compacité, fissuration, granulosité et modelage, en particulier sur le versant méridional de la montagne. Des ressauts rocheux dignes d’intérêt proposent des structures de dalles de toutes dimensions sur lesquelles le répertoire de préhension est au service de la créativité du grimpeur : réglettes, écailles, gouttes d’eau, lunules, crépis et cannelures.

En compagnie de Roland Lobelson et de Jean Baptiste Plasman-Chatenet, après avoir équipé plusieurs lignes, la Coume de l’Areclot tend à devenir un rocher-école d’altitude (1680m), offrant une dizaine de voies entre 3a et 6a+. 

 « Caou dé Jun », Chaleur de Juin en Occitan, quand la masse thermique de ce calcaire « caniculé », déforme la gomme de nos chaussons et brule l’épiderme du bout de nos doigts…

 « Le Mauvais Objet », parce que dans la complexité de l’aventure relationnelle humaine, un jour nous devenons tous le mauvais objet de quelqu’un. La réciprocité, nous invitant à notre tour, à supporter l’insupportable…

 « Vue sur la Mer », pour l’immensité éternelle de ces montagnes qui bordent notre quotidien et lui donne tout son sens…

 « La Truffe aux Vents », comme l’animal libre qui en toute inconscience, chemine olfactivement vers le meilleur de l’existence…

 « Prostatic Blues », les joies et les affres de cette vieillesse naissante, avec laquelle se profile un certain état de résignation qui devra tenir tête à la nostalgie...

« Les Drolles d’Alep » (Les Enfants d’Alep, en Occitan), parce que comme nous le rappelle Waad la journaliste et Hamza le médecin, futurs Prix Nobels de la Paix Syriens, notre société matérialiste déshumanisée tolère et contemple un énième désastre. Alors que nos enfants essuient la pâte à tartiner trainant sur la commissure de leurs lèvres, d’autres ne peuvent plus laver leurs visages maculés de sang, de poussière et de béton…

Avec mes enfants nous avons osé compléter, en la respectant, la toponymie locale : Lausette (petite dalle), Candellette (petite chandelle) et Dalles de la Coumette (petit vallon). Toujours en famille, nous avons équipé la voie « Princesse Mononoké », Hayao Myazaki nous livre une vision poétique, de son univers fantasmagorique. Son œuvre dédié à la stimulation de l’imaginaire infantile, fascine tout autant le notre d’adulte…

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En longeant le kilomètre de la face Nord on découvre des structures d’écoulement des eaux se révélant étre des lignes de faiblesses évidentes : rampes, couloirs, goulottes, cheminées, dièdres, niches, et grottes, alternent avec les parties rocheuses compactes : piliers, éperons, dalles. L’Anticlinal dans sa verticalité, livre donc toute ses potentialités

Le modeste critère altitudinal, impose quelques chocs thermiques préjudiciables aux conditions du secteur. Ce facteur limitant oblige à une réactivité de circonstance.

Entre 2015 et 2017 en fonction des disponibilités et des conditions, seul ou accompagné de mon fidèle compagnon Roland Lobelson et de mon collègue Guide Patrick Lagleyze, nous avons parcouru les itinéraires les plus logiques et techniquement accessibles : « Couloir du Sanglier », « Couloir du Cap Pélat », « Mascagnas Pas », « Lulu la Nantaise », « Canis Rupicapra » et « Spéculum et Stéthoscope » inaugurent l’aventure de cette attrayante face Nord.

Contre toute attente, une rencontre improbable avec Henri Fiocco Pyrénéiste glaciériste talentueux et ouvreur hyperactif aussi à son aise avec piolets en main que l’été Kenny Clarke (batteur de Jazz incontournable) avec ses baguettes… Avec ses compagnons Karine Ferrand et Jean Luc Fricaud, ils vont accélérer le cours des choses et contribuer à la vocation de cette montagne. Hivers 2017-2018-2019 c’est la « Déferlante Fiocco »  qui offrent des itinéraires esthétiquement aboutis aux qualités techniques exigeantes tels : « Mercat à l’Escalette », « la Rampe Décalée », « Le Grand Débat » ou « le Chant du Piton ». Quand deux bons musiciens de Jazz collaborent, leur production musicale est un régal frisant une certaine quintessence, il en est de même quand Henri Fiocco s’encorde avec Jean Pierre Pujolle Guide et Secouriste au PGHM de Luchon, le binôme efficace et détonant nous livre « le Petit Ramoneur », « Escalette Express », « les Tontons Givrés », « l’Eperon Chaleureux » ou « Lilly », itinéraires techniquement engagés. Avec Henri et Roland un jour ou la face présentée des conditions on ne peut plus sèches, nous avons en coproduction forcé un itinéraire aléatoire en terme d’ancrages ou la notion de « Dry Toofin » Pyrénéen prit tout son sens : « Romégaire Escorniflaire » (« Rouspéteur Fureteur » en Occitan) voie confidentielle et anecdotique.

Petit aparté au sujet de la voie « NTM » ouverte par Paul Marie, Jean Faur et un compagnon dans un semblant atmosphère de « convoitise compulsive », dictée et rythmée par l’entremise des réseaux sociaux corporatistes des « Ténors de la Pioche », cette belle ligne symbolise quelque peu la valeur de cet aliénant objet de désir que représente pour le Pyrénéiste « Escorniflaire », ces quelques acres de « Mau Pais » (« Mauvais Pays » en Occitan) suspendues dans l’ombre de la Barguère (versant Nord en Occitan). Cet aspect du comportement alpinistique, relatif à la possession, se doit ici pour la cause patrimoniale Montagnarde, neutraliser ses influences plurifactorielles.

Celles-ci seront désormais, consensuellements, au service de ce « Canal Historique » de l’Escalette dont tous les acteurs, auteurs de ce petit paragraphe Pyrénéiste, dans la mesure de leur contribution, font intégralement et équitablement partie. Il se peut que Narcisse Candau, Michel Fabbro ou Serge Casteran, dans leurs primes jeunesses, ou d’autres anonymes passionnés, nous aient précédés en trainant leurs guêtres dans le coin.

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Archives historiques de cette période d'apprentissage dans les "Pyrénées du levant", théâtre d'aventures partagées d'abord, avec nos sacs à dos surchargés par le bivouac, la ferraille, les cordes, et avec la motivation sans faille de mes compères de galères avec qui, les projets avec ou sans succès, donnaient un sens fraternel à ce lien de la cordée. 

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Notre Dame du Cros et la verticalité de ses gorges comme terrain de jeux initiatiques en Minervois. Premier 6a, et 7a et premier chantier au tamponnoir. Ma détermination se moquait bien des 50 km aller-retour entre Carcassonne et Caunes minervois à grands coups de pédales et de la vingtaine de minutes nécessaires au forage et placement de chaque ancrage. Comme moi sur ma corde, dans la solitude des gorges, le temps se suspendait. 

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En terme de potentiel minéral, la face Sud-Est du Piton de L’Escalette offre un système de dalles verticales sur lesquelles l’on pressent de nombreuses possibilités de lignes de toute beauté à équiper. Sous conditions ce site pourrait devenir aisément un secteur de falaise sportive d’altitude. La problématique serait une probable pression intrusive de la part de la gente « Grimpeuse » dans ces contrées encore intactes. Certainement aussi, la falaise restera délaissée, étant donnés qu’une marche d’approche de plus d’un quart d’heure est un critère rédhibitoire chez la plupart des Grimpeurs…

Avec Roland en Mai 2018 nous avons parcouru une ligne que l’on a baptisé « la Voix du Berger » en hommage au monde pastoral et à sa cause, gardien de notre harmonie paysagère et culturelle Pyrénéenne. Ecouter et entendre encore la voix de nos Bergers, est la garantie de l’intégrité de nos Montagnes… La ligne originale utilise un socle de dalles monolithiques inclinées, qui en se redressant aboutissent à une sortie aérienne entre deux blocs, sur une vire supérieure du Piton. Nous avons laissé lors de l’ouverture, quelques clous et ficellous dans la voie et le dernier relais en place. L’évènement créa un incident diplomatique avec la colonie locale de « Cigalère » (Choucas en Occitan), qui nous firent comprendre ce jour-là, que nous n’étions pas les bienvenus.

Après réflexion, pour valoriser le potentiel du meilleur rocher, nous avons équipé en fixe (goujons) entre Juin et Octobre 2018, l’intégralité du tracé, utilisant un pilier vertical et un spigolo en guise de première et de quatrième longueur. De ce fait « la Voix du Berger » devient un itinéraire de quatre longueurs exploitant les parties rocheuses les plus saines, dont l’accessibilité sécurisée convie les adeptes de la reptation verticale, à la découverte de cette petite face oubliée.

Quoi qu’il en soit : « Méfiat !» Passages herbeux déstabilisants, prises terreuses dissimulées sous la végétation, sections exposées au rocher douteux, vont rappeler que nous restons ici, dans une voie non aseptisée au caractère « montagne » évident. Toujours est-il que notre « Ligne de Fuite » fut matière à entretenir une certaine raillerie de la part de nos compagnes, qui souvent nous rappelle à bon escient, l’inutilité de notre déploiement d’énergie dédié à de telles entreprises… A ce titre, Olaf Candau dans sa biographie paternelle, relate justement le désespoir de sa mère face à son guide de mari, ce Narcisse, qui ferraillant toutes les fissures de l’Oisans, était incapable de planter un clou dans les murs de la maison familiale…

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Olivier Renard, à la sortie de la “Voix du Berger, nous avait dit à Roland et moi, qu’il serait judicieux de trouver une “variante de la Bergère...”, une alternative moins sélective dédiée à l’initiation. Depuis je cherchais cette petite sœur moins exigeante en terme de niveau technique, dont la vocation première en serait un usage pédagogique, afin de proposer un itinéraire ludique aux grimpeurs néophytes et jeunes publics, en quête d’apprentissage du pied montagnard et des rudiments de la « quadrumanie ». En furetant avec Jean Baptiste pour un futur projet de Via-Cordata, notre prospection nous fit découvrir ce jardin minéral composite, organisé en gradins successifs, présentant un beau cailloux de qualité homogène généreux en prises. Ici point de paroi à la raideur implacable, mais une succession de dalles, de blocs et d’éperons, implantés au milieu d’une nature abondante, offrant supports de progression diversifiées, sur lesquels l’on côtoie la verticalité progressivement, et dont la facilité renforce le caractère convivial du parcours. J’ai pu vérifier la valeur pédagogique de cette traversée en la proposant tour à tour à mes enfants, qui me confirmèrent le plaisir simple que leur procura, cette déambulation sur le cailloux.

 

Situé dans la sous-bassement du versant Sud de l’Escalette, le couloir de Salanère est une structure calcaire de type anticlinal-synclinal, axée Nord-Sud, s’étirant sur 350m, pour une dénivellation de 250m (entre 1200m et 1450m). La partie concave matérialise le couloir lui-même, celle-ci est bordée par l’affleurement principal orienté Ouest, d’une hauteur maximale de 20m rive gauche, constituant l’arête qui affleure. Plusieurs éperons aux calcaires “noirs” compacts et délicatement ciselés, organisent la rive droite, abrités par la hêtraie. La partie orientale composée de dalles d’un calcaire plus métamorphisé, de différentes inclinaisons, est en zone ouverte au couvert végétal composé essentiellement de Buis et de Chênes. Les sections sont entrecoupées de vires et de terrasses végétalisées, encombrées de blocs, qui en organisent la structure générale.

 

l’itinéraire traverse les 5 ressauts orientaux et propose une centaine de mètre d’escalade, dont la jonction est assurée par quelques courtes sections de « crapahut » dans des blocs affleurants. Cannelures, lunules et autres ornements, structurent la géomorphologie de chacun d’eux, procurant des passages d’escalade dignes d’intérêts. L’esthétique du parcours est assuré par un couvert végétal luxuriant, donnant cette tonalité particulière à la géographie minérale du secteur. Utiliser le terme d’« esca-balade » pour définir le caractère de cette course atypique, serait le plus pertinent. Cette « pasejada » (promenade en Occ) sur le cailloux, offre à son tour, une rencontre privilégiée avec l’exubérance de la nature Pyrénéenne. Redimensionnée, l’on pourrait aisément comparer cette configuration, à certaines escalades Languedociennes, telle « l’Arête des Triangles » qui étage 8 ressauts successifs, au sein de la sauvagerie du maquis Carousien.

 

La balade commence par une incontournable marche d’approche dans la hêtraie-sapinière du Menté d’une trentaine de minute au grand maximum. Depuis le col éponyme à 1350m, prendre le « sentier des Goueilhes » plein Ouest sur 100m et descendre sur une piste forestière évidente à gauche. Au bout de celle-ci (200m),’on remarque un bidon métallique orange enchaîné à un sapin, délicatement laissé là, par quelques forestiers manifestement « éco-préoccupés », et l’on découvre plusieurs cairns à proximité qui matérialise la trace à suivre. A courbe de niveau l’on traverse le sous bois toujours plein Ouest et l’on franchit un talweg et son ruisseau à sec pour aborder la lisière du bois qui s’éclaircit et rejoint bientôt les premiers affleurements rocheux que l’on va désormais longer en légère descente.

Le changement radical de végétation est frappant, surgissent, Buis, Ifs, Chênes, Noisetiers Alisiers Blancs et Frênes, qui confirment la sur-exposition de cette Soulane, au caractère Méridional très marqué. La ligne de cairn louvoie entre les terrasses végétalisées et aboutit progressivement à la cote 1275m au pied du premier ressaut.

 

La Traversée des Ressauts de Salanère, débute à 1275m, on gravi légèrement vers la droite le premier ressaut (25m, 3a/4a, 3 goujons), pour accéder à une marche de 4m que l’on franchit, pour faire relais sur un bloc à droite (R1 lunule avec anneau de corde). On accède en marchant une vingtaine de mètre sur la droite, au pied du deuxième ressaut (cairn) , constitué d’une succession de dalles cannelées, entrecoupées de deux vires (20m, 3a/4b, 4 goujons, une lunule). Sur la dernière terrasse, faire relais sur un arbre (R2). Suivre à droite des cairns, qui aboutissent à un passage dans un bloc sculpté (3m, 3c). On franchit vers la gauche des gradins intermédiaires à l’aspect ruiniforme (cairns), pour accéder au pied d’un bloc remarquable sur l’Arête. Repérer une plaquette, où débute une traversée horizontale à droite, pour accéder à une plateforme avec un tissus rouge visible, où l’on fait relais (R3, 1 piton, 1 goujon), (25m, 3a, 3 goujons).

Ici deux options sont possibles, en fonction du niveau de la cordée. Une première possibilité est une longueur en ascendance oblique à droite (25m, 3c/4c, 5 goujons), traversant l’intégralité du quatrième ressaut. La deuxième alternative oblige à une courte désescalade depuis la plateforme, afin de longer le pied du ressaut pour grimper la dalle dans son axe vertical (1 goujons, 1 anneaux, 1 piton 12m 3c). L’on fait relais(R4) aux deux options sur des chênes judicieusement placés sur la vire. On franchit la marche de 3m au dessus et celle qui suit (4m, 3a ), un cairn invite à franchir le ressaut suivant à corde tendue (8m, 3a) jusqu’à un chêne évident de l’Arête, sur lequel on fait relais (R5). L’itinéraire s’achève par le “Grépon de Salanère”, qui affiche 1380m d’altitude. Vu de la route du Col de Menté, ce ressaut surmonté d’un « rateau de chèvre » est la forme la plus élancée de l’arête. Au-dessus du chêne, traverser à droite sur des dalles fracturées, que l’on remonte et rejoindre par une vire, un dièdre au pied du monolithe qui matérialise le sommet du « Grépon » (22m, 3c, 3 goujons), où l’on fait relais (R6, 1 goujons, coinceur). Prendre pied sur le monolithe et le remonter pour trouver le relais équipé sur des blocs à la cime (R7,10m, 3 goujons, 4b). On rejoint en une bonne dizaine de minute, le « sentier des Goueilhes » par la pale herbeuse au-dessus, pour effectuer le retour au col de Menté.

 

Certes le parcours est abordable, mais le terrain reste « aventureux » et demande vigilance en terme de déplacements, La trace d’approche côtoie de la pente raide, se faufile dans le dévers et cache quelques cailloux en équilibre qui ne demandent qu’à rouler, L’escalade requiert une attention particulière dans certaines sections, Malgré la purge, il faut tester les prises en zone fracturée, faire sonner quelques écailles au bénéfice du doute, et se méfier du bloc que l’on perçoit inébranlable, L’exercice de style « Montagne » est donc obligatoire, justifiant l’intérêt hautement pédagogique de la course,