Recueil des Soulanes (articles publiés, argumentaires professionnels, récits...)

 

"Du Montagnard au Pyrénéiste"

« Cathédrale de la Terre », ou « vague immobile », la Montagne au sens strict du terme est une élévation topographique, manifestation de la respiration tellurique de notre planète (tectonisme et volcanisme). Caractérisée par une température décroissante avec un gain d’altitude, elle impose variations climatiques sur de courtes distances. Ces facteurs thermodynamiques associés, aux critères géologiques, aux paramètres géophysiques d’orientations et de latitudes, génèrent un répertoire paysager exhaustif. Sanctuaire écologique par excellence, elle est le refuge d’un patrimoine floristique et faunistique sensible et devient de fait bio-indicatrice. L’homme, avec une certaine ambiguïté à son égard, à chercher à la fois sa protection tout en y enfermant ses craintes et ses doutes. La Montagne est trône divin, antre démoniaque, forteresse des opprimés et refuge des idéalistes.

 

Avènement de « Homo Pyrénéicus »

Depuis la présence de l’Homo-Erectus dans la Caune d’Arago à Tautavel (450 000 ans avant JC), aux Néanderthaliens et Homo Sapiens de la vallée de la Save (entre -240 000 ans et -20 000 ans avant JC), jusqu’aux Magdaléniens Pyrénéens des grottes de Lortet, Gourdan et Troubat (entre -15 000 ans et -9800 ans avant JC), l’exploration des hautes vallées voisines de leurs quartiers de piémont, reste épisodique. Ces territoires toujours comblés par les glaciers du Quaternaire, ne laissent que leurs abords comme zone de prospection. La pénétration dans les hautes terres ne sera possible qu’après l’ultime période de refroidissement du Wurm, début Pléistocène, aux alentours de -9000 ans. L’art pariétal que laissent ces « Homo-Pyrénéicus » au fond des grottes de Gargas, Niaux et Bédeilhac, consigne déjà une première « Icone Montagnarde » : le Bouquetin…

La première occupation humaine de ces hautes vallées, date du Néolithique supérieur, vers 3500 ans av JC. En haut Comminges, dans la vallée de la Pique à St Mamet, 4 abris sous roche contenant outillage et foyers, témoignent de l’intrusion de ces proto-humains venus du Nord. Leurs séjours ponctuels se déroulaient sur les rives de cet ancien lac, qui occupait l’actuelle plaine Luchonnaise, jusqu’au verrou glaciaire de Cier de Luchon. Les sites de Sasplay sur les hauteurs de Fos en vallée de la Garonne, du vallon de l’Arriu Malo près du Lac de Baciver dans le Haut Val d’Aran, et du Lac de Bordères dans la vallée de Bareille abritent des zones d’activités de ces populations Néolithiques. Ces chasseurs-cueilleurs, vont utiliser leurs zones de campements provisoires régulièrement, prolongeant leurs séjours de façon temporaire en lien avec la saisonnalité des ressources. A partir de l’Age de Bronze supérieur (l’Hallstat, 800 ans av JC), ces peuplades se sédentarisent et donnent naissance à une société agro-pastorale pré-Pyrénéenne. La « Voie du Sel » reliant en piémont les sites de Salies du Béarn à ceux de Salies du Salat, inaugure l’échange intercommunautaire en matière de produits de première nécessité.  

 

 

Notion d’«Orophilie », la contrainte géomorphologique et environnementale

 

Ces pré-Pyrénéens d’origines Celto-Ligures débutent leur aventure de montagnards sédentaires, délaissant définitivement leur nomadisme, pour entamer la véritable histoire humaine du massif. Ces communautés de bergers-cultivateurs définissent les fondements de cette société montagnarde par une réponse à la pression environnementale :  s’adapter par nécessité.

Claude Dendaletche enseignant et chercheur Pyrénéen, nous explique que le processus d’anthropisation de ces territoires altiers, a fait de ces peuples Pyrénaïques, des « Orophiles Contraints », au même titre que le répertoire faunistique montagnard, nous obéissons à cette logique « Darwiniste » dans laquelle « la fonction créé l’organe ». La contrainte majeure du montagnard, serait donc l’orographie, imposant cette adaptation à la pente et la gravité. L’art de vivre montagnard est fondé sur l’élaboration de stratégies (restanques, canaux d’irrigation, granges d’altitude…), destinées à contourner les impératifs géomorphologiques et à contrer les évènements géographiques et climatiques (chutes de neiges, foudre, avalanches, glissements de terrains, éboulements, fonte des neiges, crues, etc.…). La faculté de perception inspirée par la spiritualité sauvage propre à l’univers montagnard, et la lente imprégnation de la proximité environnementale dont fait l’objet le montagnard, sont restituées sous l’aspect d’un bio mimétisme : « la pensée géographique ». Comme dans le règne animal qui en possède une forme spontanée, cette réponse comportementale est fondée sur la recherche de la faiblesse topographique, prônant autant que possible, l’ergonomie de la ligne droite et l’art intuitif et anticipatif, de l’utilisation des imperfections d’un terrain. Cette bibliothèque des « meilleurs passages », représente en fait, notre patrimoine de voies de communication intra-Pyrénéennes, que sont drailles, chemins et sentiers.

 

Métaphysique collective et Montagnes tutélaires

 

Le polythéisme de proximité est un prolongement de la pensée collective pour faire face aux défis du quotidien. La métaphysique de ces groupes sociaux puise ses sources dans les éléments naturels, qui imposent leurs conditions. Un panthéon de divinités topiques relatives à cette période, relate le patrimoine spirituel de ces peuplades confrontées à une maîtrise de leur environnement. PAN le dieu générique des bergers et du monde sauvage en Europe méridionale, ERIAPP esprit des carrières, GAR maître des rochers et de la minéralité, BAZERT seigneur des sangliers, ONA déesse des cours d'eau et de l’élément liquide, AHERBELST (Occitanisé en Larboust), à l’apparence d’un bouc noir, protecteur du monde pastoral. A partir de 750 av JC, s’ouvre la période protohistorique pré-Pyrénéenne, riche de restes archéologiques, que sont les alignements de pierres ; les cromlechs (enceintes circulaires, ovoïdales ou rectangulaires) ; les urnes funéraires, tumulus et dolmen détruits, pierres sacrées à cupules, représentent ce patrimoine immatériel. Le Sapin Blanc est lui aussi destiné à une fonction funéraire, faisant office d’ascenseur spirituel entre terre et ciel. L’appellation générique « Mourtis », symbolise ces lieux de sépultures, au sein desquels le sapin est le passeur d’âme.

 

Dans tous les massifs montagneux habités, les « gens d’en haut » cultivent ce réflexe inconscient. Ils font face au plus haut sommet de leur vallée, et le contemple…Cette déférence spontanée est sans doute en relation cette imprégnation environnementale, exacerbée parfois, par le caractère insulaire de l’isolement géographique.

De par le monde, sommets emblématiques sont gardiens éternels d’un symbole, d’une culture : Le Mont Olympe abrite le panthéon des divinités Grecques, prolifique corporation qui nous livra une variété de mythes ressources en matière de comportements relationnels humains. L’estampe iconographique du volcan Japonais Fuji Yama exprime la spiritualité de la religion Shintoiste. De même le Tibétain Mont Kalaish axe et « Mounilh » (nombril en Occitan) du monde, représente un consensus dogmatique entre Hindouistes et Boudhistes, qui se le partagent. Ce sommet sacré reste pureté absolue, son ascension étant philosophiquement inconcevable…Inselberg (« Montagne Ile » : puissant affleurement rocheux monolithique) gréseux en plein territoire Aborigène, l’Uluru, Ayers Rock pour les Australiens, offre des grottes ornées d’un art pariétal consignant les mythes fondateurs de presque dix millénaires de cette originelle civilisation Aborigène.

L’inconscient collectif va donc définir des icônes géographiques en choisissant sa montagne référente : Mont Né en vallée d’Oueil, Montardo dans le Val d’Aran, Pic du Gar dans le haut Comminges, Valier dans le Couserans, Cagire dans l’Aspétois, Ossau en Bearn, Bugarach dans la Haute vallée de l’Aude, Carlit en Capcir, Béhorléguy au-dessus de Saint jean Pied de Port, Pic du Midi en Bigorre, Arbizon en vallée d’Aure, Canigou en Roussillon, Billare en vallée d’Aspe, Soularac en Pays d’Olmes.

Ces montagnes référentes assurent donc une fonction de parentalité primaire sur les communautés montagnardes. Leur omniprésence rassurante borde et étire cet horizon montagnard dans un plan vertical, effaçant de fait cette notion de huis-clos injustement perçue par les peuples d’en bas.

 

Une légitimité montagnarde

En l’an 25 av JC l’empereur Tibère Claude fait creuser 3 bains thermaux, c’est la naissance des « Thermes Onésiens », « les seconds après ceux de Naples ». Le « Chemin Claude », voie Romaine, achevée sous le règne de l’empereur Claude (41 et 54 après JC), est la marque de cette « Pax Romana », qui depuis 72 avant JC (fondation de Lugdunum Convenarum, sous Pompée), tente de pacifier et d’unifier les peuplades locales (Pyrénaïques), qui faute d’isolement géographique, entretenaient peu de lien entre elles. Cette voie est conçue pour désenclaver le montagnard, en lui offrant un lien avec la cité de Lugdunum Convenarum et les vallées voisines. Sa conception en balcon, évite les cheminements en fond de vallée susceptible d’être exposé aux embuscades, et utilise un pavement, la calade, qui stabilise sa structure et procure une accroche aux sabots des bêtes attelées aux chars qui circulaient. A l’instar de la plus célèbre voie Romaine, la Ténarèze qui reliait le pays Cadurcéen (Cahors) à Huesca en Aragon, via la vallée du Rioumajou et le Port de Plan, ces grands axes, matérialisent l’acte civilisateur de l’administration Romaine sur ces populations Pyrénaiques (Aquitaniques, Consoranis et Garumnis) qui seront à terme, unifiées. Ce « nouveau peuple » des Convènes (les confédérés), sera le fruit de la stratégie politique mise en place par la diplomatie Romaine, qui s’attachera au respect des croyances locales. Cet art du consensus, contribuera largement au rassemblement de neuf peuplades, la « Novempopulanie ». Les Pyrénéens ont conservé depuis l’empereur Trajan (98 à 117 après JC) des privilèges d’usages des ressources, relatifs à leur position géo-stratègique singulière, objet de convoitise politique.

La Montagne, modèle de vertu et objet de culte social

 

La fondation de l’Alpine Club outre-manche en 1857, inspirera les nations alpines continentales (Suisse, Italie, Autriche, France, Espagne) qui vont à leur tour faire l’apologie de la Montagne, en la redéfinissant comme un paradigme entre valeurs morales et culte du corps. Ces institutions imposent un élitisme des classes sociales dominantes, qui en fixent les usages et en étanchéifient leur accès. Ce privilège du gotha aura l’avantage de réformer en profondeur la communauté montagnarde. En effet La reconnaissance sociétale du montagnard devient alors possible du fait de cette cohabitation improbable entre élite et plèbe. En étroite collaboration avec un savoir-faire autochtone incontournable, les dignitaires de la plaine, ont grands besoins des services de guidages locaux. Les binômes célèbres Guide-Client : Celestin Passet - Roger de Monts (Passet-Brulle) dans les Pyrénées, Pierre Gaspard de la Meije et Emmanuel Boisleau de Castelnau dans les Ecrins, incarnent bien cette modulation où se télescopent des existences que tout oppose. La notion du tutoiement en montagne obéit à une déontologie prenant une racine historique à l’aube de la profession de Guide dès le XIX° siècle. 3000m dans les Alpes, 2000m dans les Pyrénées, étaient les altitudes où l’usage du « Tu » s’appliquait. Ce protocole informel de neutralité sociale obéissant à l’impitoyable pression environnementale. De fait ce métier fut un « Ascenseur Social » notoire pour ces populations souvent isolées. En 1874 la fondation du Club Alpin Français légitime la pratique montagnarde et en assure la reconnaissance institutionnelle.

Le début du XX° siècle jusqu’à la fin du premier conflit est une période incubatrice en matière de démocratisation de la Montagne. « Les Amis de la Nature », organisation laïque, structure l’accessibilité aux activités de plein air, afin de ménager la santé mentale du prolétariat, son hygiène de vie et d’en élever sa conscience politique. Cette entité populaire, inaugure les prémices de la « Montagne Sociale ».

Le « carré des officiers », historiquement réservé aux dignitaires de la société, laisse enfin la porte entrouverte aux origines sociales plus modestes, à partir des années 20.

La Montagne se voit instrumentaliser à des fins politiques, prolongeant les modes de pensées nationalistes aux quatre coins de l’Europe. Les valeurs de la cordée détournées, vont servir à renforcer les élans patriotiques et les idéologies obscures et archaïques.

Les velléités du Front Populaire tiennent tète à la lame de fond fascisante du moment et utilise la Montagne comme levier majeur de l’éducation populaire, émanation de la volonté politique du Front Populaire, portée par des icônes humanistes dans l’âme tels, Léo Lagrange, Jean Zay et André Malraux, au cours des années 30 et 50. La société française d’après-guerre en quête de reconquête identitaire, aura recours aux valeurs montagnardes. L’exemple de cette frénétique course aux « 8000 » Himalayens, dont la première ascension de l’Anapurna le 3 Aout 1950 par l’expédition Française de Lachenal, Terray, Rebuffat et Couzy, illustre cette engouement national pour la montagne. Le gouvernement de Gaulle en 1965 soutient la fondation de « l’Union des Centres de Plein Air » à partir du mouvement « Jeunesse et Montagne », orchestré par Guido Magnone dans les Alpes depuis 1940. Dans les Pyrénées, « L’Œuvre de Montagne » porté par les tentatives des instituteurs Henri « Coucou » Barrio et Jean Dutech depuis 1934 en vallée d’Aspe voit le jour en 1946 avec la construction du refuge de Laberouat au-dessus de Lescun. « L’Œuvre de Montagne » accueille une des premières classes de neige française l’hivers 1947-1948. Le concept innovant de « village-station » du Queyras impliquant toute une population valléenne de manière transversale, est consécutif à une crue dévastatrice du Guil en 1957. Le traumatisme collectif incita les Queyrassins à prendre leur destin en main, et sous l’impulsion de Jean François Lamour, maire de Ceillac, en charge de l’aménagement du territoire, ils élaborent et mettent en place, leur avant-gardiste modèle touristique équitable et collectif ; qui reste de nos jours, probant en terme de développement local pérenne.

La Montagne est célébrée comme objet de culte social.

Pyréneiste: "quadrumane" contemplatif

« Je marche sur un sol dont la pente se relève doucement. A un moment, je m’arrête et « mets les mains » : la vraie montagne commence, j’escalade. Dès lors que mon dos s’incline, reviens-je à l’état de quadrupède ? Presque : mon corps se transforme, les pieds deviennent des mains et les deux prises manuelles des assurances d’équilibre. Homo erectus, l’homme debout, retourne à celui dont il descend, l’archaïque quadrumane. Si noire se fit en moi, cette réminiscence foudroyante que je ne redoute plus de parler de la bête : je me souviens de qui nous fûmes. » Michel Serres

Le point de départ de cette histoire de quadrumane se situerait entre la fin d’un XVIII° siècle chaotique et un début de XIX° siècle hésitant. Une infime partie de la communauté scientifique du Premier Empire vient prospecter la Cordillère Pyrénéenne, en quête d’éclairages géographiques et d’explorations naturalistes. La curiosité des plus audacieux, exacerbée par leur fascination pour ces territoires vierges, fera porter dorénavant, le regard vers les hauteurs. En étroite collaboration avec l’incontournable savoir-faire autochtone, les acteurs principaux de cette mouvance d’érudit battant les hautes terres, initient la pratique Pyrénéiste. Les précurseurs Louis Ramond de Carbonnières, Louis Cordier, les officiers géodésiens Peytier et Hossard, Vincent de Chaussenque, Toussaint Lézat et Alfred Tonnellé, ouvrent une première période dédiée à une exploration des grands ensembles géographiques de la dorsale Franco-Hispanique, en foulant les cimes du triumvirat Aragonais (1802 Mont Perdu, 1842 Aneto, 1856 Posets) et de ses subalternes (Ossau 1790, Vignemale 1792, Perdiguère 1817, Balaitous 1825, Marboré 1846, Néouvielle 1847, Forcanada 1858).

A la différence de l’école Alpine dans laquelle prévaut essentiellement la cause de l’exploit et de la performance physique, la notion de Pyrénéisme implique une perception émotionnelle et esthétique de l’environnement montagnard, au sein duquel l’homme en action, reconsidère sa place. Aux souffrances de l’effort, succède l’extase contemplative. L’Age d’Or Pyrénéiste succède à cette période classique, illustré par l’engagement de ses plus célèbres protagonistes. Russel, Schrader, Gourdon, Lebondidier, Wallon, Packe, Lequeutre et Béraldi, vont consacrer sa pratique en fixant définitivement son éthique : « Ascensionner, Sentir, Ecrire ». Fruit des soirées de cette « Pléiade » dans le salon de l’Hôtel des Voyageurs à Gavarnie, la Société Ramond voit le jour en 1865. Contemplation, action et érudition en convergence, sont reflet de l’âme pionnière de ses fondateurs et scellent le pacte Pyrénéiste.

 

En 1895, Henri Brulle le Girondin et Célestin Passet le Toy, offrent aux Pyrénées son premier quatrième degré officiel, en réussissant le passage de la dalle d’Allans sur le flanc nord du Pic Rouge de Pailla, rattrapant ainsi, le retard imposé par la référence Alpine depuis 1881 : la fissure Mummery au Grépon. Ce binôme infernal défraie depuis 1889 la chronique Pyrénéiste, en bousculant la vieille garde outrée par leur fougueux avant-gardisme. L’ascension du couloir de Gaube par l’impétueux duo, se produisant pour l’occasion, en quintet (Roger de Monts, Jean Bazillac et François Bernat-Salles), innove une période de modernité dans laquelle, technicité et engagement, se révèlent.

Le ton donné, des artistes de la géomorphologie, tel la fratrie Aspoise des Cadiers, emboitent le pas de ces visionnaires en inaugurant des traversées au long cours à cheval sur l’échine des géants Pyrénéens entre Anéto, Maupas, Posets, Munia, Mont Perdu, Vignemale et Balaitous, à l’occasion de deux campagnes aoutiennes en 1902 et 1903.

 

L’école ibérique impose avec discrétion une suprématie technique par l’intermédiaire de Grégorio Pérez, qui réalise en 1904 plusieurs passages dont la cotation impose le cinquième degré, sur le versant nord-est du pic Urriellu (plus connu sous le nom Naranjo de Bulnes, appellation imposée par l’administration franquiste) dans les Monts Cantabriques.

 

Cette dernière décennie du XIX° et la première du siècle suivant reste fondatrice en matière d’escalade. Entre Dresde, le Salève, Fontainebleau et Lake District, un canal historique œuvre pour singulariser l’activité et la marginaliser de l’Alpinisme. Durant les années 1910-1913, les conceptions antagonistes de deux personnages emblématiques de la discipline, fixeront codes et usages de la discipline. L’Autrichien Paul Preuss prône un engagement total en refusant le support matériel. L’Allemand Hans Dulfer fait l’apologie de l’aspect sécuritaire durant la progression. Le consensus entre ces deux approches va offrir une montée en puissance des niveaux de pratiques, confirmant le cinquième degré et laissant entrevoir la potentielle affirmation d’un sixième degré.

 

La bouillonnante jeunesse Pyrénéenne, frustrée par la réalité du premier conflit, rattrape son temps tragiquement égaré quelque-part, entre les Ardennes et la Meuse. Le Savoyard apatride Jean Arlaud reprend le flambeau Pyrénéiste en fondant en 1920, le Groupe Des Jeunes qui entame des explorations systématiques des excentricités géomorphologiques et autres ornements minéraux évidents des Pyrénées Centrales. En résonance avec la tragédie d’Ansabère en 1923 coutant la vie à Calamé et Carrive, la spéculation relative à la sécurité du grimpeur en action, revêt désormais, un caractère introspectif au sein des communautés. En 1927, la talentueuse cordée Cames-Sarthou répond judicieusement à cette problématique, en inaugurant un procédé archaïque d’escalade artificielle, offrant enfin succès à ses prescripteurs, toujours aux prises avec cette fratricide grande aiguille d’Ansabère.

 

Ce recours à un outil technique de circonstance, marque en somme, la probable résilience qui s’opère dans l’inconscient collectif de la gente grimpeuse. La « pensée géographique » prérequis fondateur, aura cédé la place à une « intelligence orographique », qui à l’aube des années trente, après maturation, prend la forme d’un « art de la verticalité », laissant entrevoir, perspectives nouvelles. Les défiances inconcevables des splendeurs minérales, à la raideur rébarbative, vont être des lors, envisageables.

Le grimpeur Pyrénéen affirme son caractère et écrit la suite de l’histoire de son art novateur. L’usage combiné d’un piton et d’un mousqueton, libère le geste en offrant de nouveaux terrains de prospection. A l’instar du génialissime « bleausard » Pierre Allain, concepteur du mousqueton en alliage et des premiers chaussons d’escalade, les Palois Robert Ollivier, Henry le Breton, Jean Santé, Marcel Jolly, Jean Senmartin, Henri Lamathe et François Cazalet se positionnent comme fins rochassiers, faisant résonner leurs nombreux succès, au-delà des murailles de l’Ossau. Le collectif Béarnais fondateur en 1933 du Groupe Pyrénéiste de Haute Montagne, s’adjuge quelques réalisations notables, confirme l’avènement du « cinquième degré » Pyrénéen, et finit de prolonger l’œuvre protéiforme d’Arlaud.

  

Les tentations prohibées d’antan prennent l’aspect de probables conceptions, Henri Barrio et Robert Bellocq se saisissent de ce champ des possibles, en sortant de la face Nord de la Pique Longue, l’été 1933. Sur les parois des Dolomites à la même période, Emilio Comici, Mathias Rébitsch et Tita Piaz « il diavolo », repoussent les limites de la performance technique et de fait imposent l’école « sestogradiste ».

 

L’indéfectible lien du grimpeur au rocher, laisse une empreinte indélébile sur ces andésites, granites et calcaires Pyrénéens, consignant le matérialisme historique de son aventure verticale. La « renfougne » de la fissure « Mummery » et les « entrechats » de la dalle d’Allans opposent des gestuelles dont la complémentarité va définir ce répertoire polymorphe de la gestuelle du grimpeur.

 

La cordillère Pyrénéenne entre 1938 et 1944 est le théâtre de mouvements transfrontaliers historiques, au cours desquels son franchissement salutaire dans les deux sens, fait écho aux évènements géopolitiques européens. « Retirada » et « Pyrénées de la Liberté » mobilisent les populations montagnardes, dont la « justesse » des uns, supplantera l’âme délateur des autres.

La mouvance pyrénéiste freinée dans son élan par l’actualité, laissera cependant quelques traces d’une timide activité. L’après-guerre matérialise une interface, préfigurant la future montée en puissance à venir dans la décade qui va suivre. Entre 1946 et 1947 le Grand dièdre des Spijeoles est inauguré par la co-production Malus, Comet, Boy, Couzy, Beauchamp et Céréza. La Centrale ouest du Quayrat, objet de convoitise depuis 1942, de ces principaux prospecteurs, Jolly et Grelier, devient un modèle du genre après les variantes offertes par Céréza et Crampé en 1948. Le Pyrénéisme des années cinquante sera foisonnant en matière de réalisations marquantes définissant à long terme, les contours de sa pratique, qui prévalent encore de nos jours. Cette décade voit poindre de jeunes talents qui, profitant d’une transmission intergénérationnelle, élèveront l’expression pyrénéiste vers un aboutissement. Cette quintessence, c’est la « cordée gémellaire » des Raviers qui l’incarne. Jean et Pierre, chemises à carreaux et knickers de rigueurs, élaborent un art de l’efficacité fulgurant, qui va accélérer le cours de l’histoire de la verticalité Pyrénéenne. Des icônes de la Montagne tels, Walter Bonatti, Hermann Buhl, Royal Robbins, Claudio Barbier et Yvon Chouinard homologues des Raviers, influencent indéniablement leur mode opératoire. Ici où là, ils donnent réponses élégantes, à quelques une des dernières problématiques orographiques des massifs de la chaine. La Sud-Est de l’Ossau ouverte par André Armengaud, curé Larboustois et Jean Ravier en 1953, symbolise cette passation entre générations et inaugure la déferlante « Ravier » et sa prometteuse montée en puissance. 1954, faces Nord du Piton Carré et de la Grande Aiguille d’Ansabère, éperon Nord du petit pic d’Ossau et face Nord du Marboré en 1956, éperon Central de Barroude, Tozal del Mallo à Ordessa en 1957 et face Est du Pène Sarrière en 1959. A leur tour, les jumeaux intronisent la « nouvelle vague » Pyrénéiste, conviant en 1957 à la face Est de la Grande Aiguille d’Ansabère, ainsi qu’au pilier Sud du Grand Pic d’Ossau en 1959, Raymond Despiau et Patrice De Bellefon.

 

Le versant Sud « pousse toujours un peu sa corne », il propulse sur son avant-scène les Catalans Anglada et Guillamon, Cerda, Pokorsky et les Aragonais, Navarro et Rabada. Ces deux-là, dans leur « jusquauboutisme » absolu, périssent en 1963 pris dans une tempête sur la face Nord de l’Eiger. L’impétuosité de tous ces binômes hispaniques, va s’illustrer en 1956 sur le Cavall-Bernat à Montserrat, en 1957 sur el Pujo aux Riglos, en 1958 à la Pédraforca et en 1959 sur un sommet de la Sierra de Càdi, l’Ordiguer en Cerdagne.

 

Au regard d’une certaine proximité temporelle, la suite de l’histoire Pyrénéiste reste à notre portée. Suite aux frères Raviers, De Bellefon, Audoubert, Cassinet, Despiau, Candau, Oscaby, Fabbro, Galvez, Gillereau, Munsh, Latorre, Julien, Carrafrancq, Roujas, Garraud, Petetin, Thivel, Tignières, Brau-Mouret, Casteran, Pouliquen, Lannes, Les Raviers fils et neveux, Alfonso, Pujolle et Fiocco auront le privilège de pérenniser cet art Pyrénéiste, maintenant la lente combustion de la flamme d’un Pyrénéisme, qui accorde à ses gardiens, cette liberté d’un énième recommencement.   

 

Abrégé de la Marmotte Pyrénéenne

 

Aux alentours de moins quatre-vingt mille ans dans un Paléolithique Supérieur conditionné par une alternance de périodes glaciaires et de réchauffements, la marmotte vit en plaine et représente la base du régime alimentaire des chasseurs-ceuilleurs qui vont l’érradiquer de la zone Sub-Pyrénéenne. Re-introduite en 1948 dans la vallée du Barrada près de Pragnères, par le docteur Paul Couturier vétérinaire à Luz Saint Sauveur, la marmotte se rééduque aux terrains Pyrénéens pour aujourd’hui coloniser les deux versants de la chaine et stabiliser sa population autour de 70 000 individus. Ce Sciuridé (Ecureuil, Castor, Ragondin…) s’acclimate aux étages subalpins et se fixe la plupart du temps sur les pelouses où affleurent éboulis et blocs. Sa mobilité orbitale est son unique moyen de défense contre ses prédateurs exclusifs que sont l’aigle et le renard. C’est au printemps que cet hibernant est le plus vulnérable, les déplacements dans la neige lourde aux abords des terriers deviennent aléatoires et exposés aux attaques potentielles et aux coulées d’avalanche. En effet les transformations physiques imposées par la mécanique d’hibernation entrainent perte de poids et fonte musculaire de plus d’un tiers de la masse. Les performances physiologiques sont remarquables en affichant une température corporelle à 12°C, une fréquence ventilatoire de l’ordre de 2 mouvements par minute pour 10 battements cardiaques. Ce « coma » hivernal est préparé entre printemps et automne, conjointement à l’urgente fonction reproductive. Le stock de graisse nécessaire est issu d’une surconsommation de graminées dont les protéines végétales sont synthétisées en lipides par une surexposition au soleil, catalyseur de cette biochimie spécifique. Les pariades de fin Avril débouchent sur une gestation d’environ 8 semaines pour une mise bas début Juillet. L’organisation sociale s’articule autour de la protection des marmottons et de l’ensemble de la colonie. La fonction du guetteur en singulière posture du « chandelier » est d’alerter la communauté du danger imminent, en lançant son cri strident. Animal fouisseur par excellence, les journées sont occupées, outre au sur-broutage, à aménager et optimiser les terriers, à la fois refuge d’urgence et futurs quartiers d’hivers.

Propre à l’espèce, la fin de la croissance dentaire des incisives, outil fondamental pour le prélèvement, signifie la fin proche de l’animal, qui ne pouvant plus se suffire à lui-même, sera parfois sacrifié par la colonie.

 

Un outil originel

 

La raquette à neige autorise une immersion dans la montagne hivernale de par sa facilité d’apprentissage. Elle prend tout son sens dans l’art du déplacement en terrain enneigé, et peut être un outil de progression en montagne sous conditions.

La libération du talon comme dans toute disciplines nordiques, représente la mécanique du déroulé de la marche. De ce fait la logique d’utilisation semble évidente. Mais il existe tout de même un « Référentiel Raquette » afin d’optimiser son usage en s’adaptant au mouvement de terrain et aux différents « touchés de neige ».

En pente raide la torsion de cheville trouve vite ses limites pour conserver l’adhérence du tamis dans le dévers. Le recours à la progression frontale sur les griffes avants, talons en suspension, est la seule alternative. La technique des bâtons complémentaire, impose des variations de prises obligeant une mobilité des mains. Cette synergie entre haut et bas du corps assure une propulsion équilibrée et coordonnée, ainsi qu’une correction posturale. Celle-ci est assuré par notre voute plantaire et nos orteils qui transmettent l’information biomécanique à notre système musculo-squelettique en temps réel : La proprioception. L’art de la descente nessécite ce paramétrage pour assurer son équilibre et utiliser la gravité pour glisser en posture de « Pas Glissé » ou « Fente du Télémark » …

Cet outil est une des innovations technologiques majeure de l’humanité et contribua à son devenir. 7000 ans av JC dans l’Altaï Mongol, en limite de la zone boréale ; des groupes de chasseurs-cueilleurs dans une urgence permanente de survie conceptualisent la raquette par simple mimétisme. Renard Polaire, Lièvre Variable, Lagopède et Grand Tétras possèdent une paire de raquettes à neige au bout de leurs pattes. « La fonction crée l’organe » ; ce Darwinisme évident symbolise cette réponse adaptative. Donc ces Ouralo-Altaïques nomades, inspirés par leurs proies, cintrent des branches de résineux, qui fixées sous leurs pieds optimisent la portance sur ces neiges froides et sèches du néolithique. Ainsi en ces temps archaïques postglaciaires et par l’entremise de ce stratagème technologique les grandes migrations de l’humanité vont pouvoir se finaliser. Vers – 5500 ans un flux migratoire orienté Nord-Est, via le détroit de Béring et les Iles Aléoutiennes, va opérer le premier peuplement du continent Américain par voies terrestres. Un autre flux vers le Nord-Ouest investit les régions Baltes et l’extrême Scandinavie, autour de -4000 ans. Le prolongement de la conception de la raquette va générer la facture du ski vers -3800.

Les Amérindiens vont s’approprier l’outil pour pérenniser leur art de vivre, et vont contribuer à son évolution. La raquette va devenir de fait identitaire en proposant des structures redéfinies : en imitation de pattes d’ours, discoïdales, quadrangulaires, ovoidales et enfin lancéolés (forme de pointe de lance). « L’Appel » du Grand Nord-Américain pour le trappeur et ses grandes raquettes elliptiques spatulées, défiant les terres sauvages du Yukon, reste toujours une image référente pour l’inconscient collectif.

C’est à l’Armée Rouge et plus précisément l’ingénierie de son état-major, à qui l’on doit les ultimes innovations qui vont tendre vers la modernité : tamis et spatule redimensionnés, crampons en ligne, griffes avants, articulation de la fixation, cale de montée… La résistance des Russes sur le « Front de l’Est » face à Hitler entre 1941 et 1945 n’est pas imputable directement aux raquettes mais il est clair qu’elles ont largement contribuées à la réactivité des troupes Soviétiques en mouvement sur le terrain.

Depuis la fin des années quatre-vingt, l’émergence de la raquette dans nos massifs français s’affirme pour enfin se singulariser comme discipline à part entière. Elle reste le prolongement de la philosophie du randonneur estival en mode hivernal, porteuse des traditions de l’effort et de la déambulation contemplative. A l’inverse de l’exigence technique du ski de randonnée, elle offre une accessibilité à l’univers montagnard enneigé. Enfin elle se positionne comme un socio-indicateur rassurant en terme d’état de conscience de l’usager. Celui-ci animé d’éco-préoccupation et motivé par une reconquête des valeurs fondamentales induites par l’activité, s’adonne à cet « Eloge de la Lenteur », pour une totale rupture avec le tempo rapide de notre rythme sociétal.

 

Ces « Doux Dingues » qui nous rassurent…

Hivers 2013 la récurrence des chutes de neige surcharge la montagne, laissant planer le doute sur un printemps chaotique en terme de fonte des neiges. La « Mousson Pyrénéenne » entraine la « Garonada » dévastatrice du 18 juin, qui confirma la tendance, et les Pyrénées se retrouvèrent les pieds dans l’eau sur les principaux bassins versants. Les flancs de l’Escalette sont meringués à souhait et la forêt en Soulane prend des airs de Taïga monumentale. Avec un groupe d’adultes en situation de handicap issus d’un foyer Commingeois dont j’ai la charge régulière d’encadrement, nous sommes sur la piste pastorale du versant Sud menant aux cabanes. Ce public particulier nécessite un paramétrage précis de l’itinéraire et de ses composantes. Les terrains trop techniques sont à proscrire au regard des problématiques d’équilibre postural, de coordination et de tonicité. De plus la fatigabilité notoire de ces résidents impose donc une sélection de parcours bien définie. De fait, les Cabanes de L’Escalette en raquettes sont une grande classique incontournable pour notre groupe. Hors cette année-là les suraccumulations de neige ont modifié la morphologie des tracés, gommant ou accentuant ses irrégularités. En sortie de forêt nous voilà donc face à deux problématiques : la piste conventionnelle est devenue un dévers à 45°, congéré par presque 3 m de cumul, et la trace alternative en contre-bas, s’efface dans une corniche surdimensionnée. Après concertation avec Philippe mon binôme infirmier-éducateur co-encadrant, nous décidons de forcer le passage de la piste et sortons nos pelles du sac pour entamer une taille horizontale de marche, « ergonomisée » pour la paire de raquettes de nos usagers. La centaine de mètre de terrassement, nous demanda 40mn d’ouvrage, devant le groupe inconsciemment impuissant face à notre déploiement d’énergie bienveillante à leur égard. Le franchissement, avec assurance individuelle de chaque résident, finalisa la sécurisation du passage réutilisable en l’état pour le retour. Ce public spécifique requiert bienveillance et attention permanente, conditions fondatrice pour obtenir une coopération au service du binôme encadrant-résident. Un évènement majeur nommé « PYRHANDO » créé depuis plus de vingt ans, consacre ces pratiquants marginaux en traversant l’intégralité de la chaine en relais, de Juin à Septembre, tous les 3 ans. Deux cent usagers de différentes institutions du Sud de la France s’engagent dans ce défi à lourde logistique d’encadrants bénévoles et professionnels. Les exigences en terme de prise en charge de ces populations, génèrent une véritable gratification pour l’intervenant, incomparable avec un public lambda. En effet la valeur affective reste spontanée chez ces publics réhabilitant ainsi cette valeur humaine motrice dont nos modèles sociétaux nous éloignent : l’empathie…Ces « Doux-Dingues » nous rééduquent à leur tour en nous positionnant dans un face à face avec nous même qui nous réconcilie avec ces fondamentaux de l’existence ; ils deviennent nos médiateurs.

 

Charognage en bande organisée

 

La mortalité dans le règne sauvage montagnard est un facteur de régulation absolu. Les conditions de survie dépendent d’une saisonnalité qui rythme les fonctions fondamentales animales, c’est-à-dire, se nourrir, se reproduire, et se défendre. Une carcasse providentielle améliorera le régime alimentaire et obligera la plupart des carnivores, mais aussi des omnivores opportunistes, à charogner par nécessité. Ainsi, autour d’une carcasse ou bien d’un animal mort récemment, s’organise une « chaine trophique » qui orchestre l’équarrissage de chaque partie consommable. L’avifaune qui maitrise l’espace aérien est la plus réactive, les Corvidés (Geais, Corbeaux, Chocards) prélèvent les parties gélatineuses : œil et langue.

Hiérarchiquement le Milan Noir s’impose pour s’attaquer aux parties nobles : les plans musculaires. Vient le tour du Vautour Fauve qui d’abord éviscère la dépouille et cherche à la déplacer par gravité dans la pente pour mieux la démembrer et consommer les connexions anatomiques (ligaments et tendons). En ordre croissant, par taille, s’invitent discrètement au festin tous les mammifères en quête dans le secteur : Belette, Hermine, Martres, Blaireaux et Renard.

Ours et Sanglier vont prélever sur les restes, en s’appropriant de plein droit la carcasse. Coutumiers du fait, ils prospectent activement au printemps les fronts de coulées d’avalanches pour en charogner les victimes potentielles. Pour finaliser la curée, le Gypaète Barbu sélectionnera les restes osseux longiformes pour en consommer les éclisses de l’os brisé, après son largage sur des affleurements rocheux. Le gosier élastique de l’oiseau lui permettra d’absorber les parties les plus effilées. Ses sucs digestifs puissants, vont dissoudre la matière afin de synthétiser l’ostéon (cellule osseuse mère), nécessaire aux besoins nutritifs de l’animal.

A ce niveau de prélèvement, la dépouille est quasiment éliminée, seule la peau débarrassée de son pelage ou plumage, sera à terme détruite par les décomposeurs, qui en redistribueront la matière organique reconditionnée dans le sol.

Cette « chaine trophique » de circonstance, démontre la synergie entre les espèces et leur complémentarité, illustrant la notion de biodiversité.

 

Mail de Soupène, les Chemins de l’Histoire

Première éminence orientale de la Montagne d’Espiau entre Larboust et Oueil, à haute teneur esthétique et contemplative sur la chaîne axiale, ce relief anonyme de 1321m, consigne sur ses versants, les traces du passé montagnard.

Il s’avère que les itinéraires que ce discret détail orographique propose, sont une synthèse de la mémoire historique locale. Ils autorisent, d’une part une lecture didactique de la géographie locale et sa puissance esthétique, et une rencontre privilégiée avec les principales périodes de l’aventure humaine de ces hautes terres.

Le village de Saint Aventin est une entrée en matière riche d’enseignement sur l’évènementiel historique du bas Moyen-Age et ses symboliques. Son église édifiée au XI° siècle, remarquable par son opulente facture romane, intègre sur sa façade principale, autels votifs dédiés au dieu topique solaire : Abelio. Ces vestiges de la période romaine, utilisés en pierre de remploi dans le bâti sacré, illustre l’impitoyable pouvoir catholique en mission d’évangélisation, dans les hautes vallées Commingeoises. Cet édifice révèle dans ses ornements, la légende de Saint Aventin, qui donnera son toponyme à l’actuelle localité. Au VIII° siècle, Aventin berger érudit, soigne un ours, à la patte infectée par une épine. Son prestige lui confère la mission d’évangéliser le montagnard païen. Les Sarrrasins l’emprisonne dans la tour de Castelblancat, dont Aventin s’échappera par un bond prodigieux. La réception de ce saut surdimensionné, est matérialisée par une dalle « pédiforme », sur laquelle est imprimé son pied. Furieux l’envahisseur, le capture et lui tranche la tête. Aventin devenu martyr, prend celle-ci sous son bras, et désigne son lieu de sépulture. Quatre siècle plus-tard, un taureau qui pâture en ce lieu, gratte frénétiquement le sol. On y voit là, un signe divin, et on ne tarde pas à exhumer les ossements du présumé Aventin. Deux bœufs attelés tirant la dépouille à leur bon vouloir, indiquèrent de façon aléatoire le lieu de construction de la future église qui abritera les restes du martyr canonisé.    L’histoire de cette icône locale, outre son anachronisme notoire, propose une mise en scène, faite de nombreux emprunts à celles de Saint Denis, décapité sur le Mont Martre (Mons Martyrum) et de Saint Jacques, le tueur de Maures (Matamore), exécuté sur le même mode opératoire, à Jérusalem. Saint Gaudens martyr probable des Wisigoths, aurait lui aussi désigner son lieu de sépulture, sa tête sous son bras. L’on retrouve de même la légende de Saint Jérôme et sa rencontre avec le lion dans le désert. La géographie du lieu, aide à la scénographie onirique, en utilisant notamment le site de Castelblancat et sa tour seigneuriale, relique d’un système de défense élaboré par Charlemagne, « Les Marches de l’Espagne », destiné à contenir un éventuelle invasion Sarrasine. L’évêque Saint Bertrand de Comminges en personne commandera, l’exhumation des restes supposés, et ordonna l’édification de l’église pour abriter les reliques. Ainsi, le hameau de Sainte Marie, devint, Saint Aventin, étape dorénavant incontournable sur une des voies Jacquaires.

Le « Chemin Claude » relie Saint Aventin à Benqué-Dessous et fait transiter le promeneur de Soulane en Barguère. Cette voie Romaine, achevée sous le règne de l’empereur Claude (41 et 54 après JC), est la marque de cette « Pax Romana », qui depuis 72 avant JC (fondation de Lugdunum Convenarum, sous Pompée), tente de pacifier et d’unifier les peuplades locales, qui faute d’isolement géographique, entretenaient peu de lien entre elles. Cette voie est conçue pour désenclaver le montagnard, en lui offrant un lien avec la cité de Lugdunum Convenarum et les vallées voisines. Sa conception en balcon, évite les cheminements en fond de vallée susceptible d’être exposé aux embuscades, et utilise un pavement, la calade, qui stabilise sa structure et procure une accroche aux sabots des bêtes attelées aux chars qui circulaient. A l’instar de la plus célèbre voie Romaine, la Ténarèze qui reliait le pays Cadurcéen (Cahors) à Huesca en Aragon, via la vallée du Rioumajou et le Port de Plan, ces grands axes, matérialisent l’acte civilisateur de l’administration Romaine sur ces populations Pyrénaiques (Aquitaniques, Consoranis et Garumnis) qui seront à terme, unifiées. Ce « nouveau peuple » des Convènes (les confédérés), sera le fruit de la stratégie politique mise en place par la diplomatie Romaine, qui s’attachera au respect des croyances locales. Cet art du consensus, contribuera largement au rassemblement de neuf peuplades, la « Novempopulanie ». Les Pyrénéens ont conservé depuis l’empereur Trajan (98 à 117 après JC) des privilèges d’usages des ressources, relatifs à leur position géo-stratègique singulière. Il va de soi que l’inconscient collectif montagnard restera imprégné de cette notion d’autonomie culturelle.

 

En quittant le « Chemin Claude » à l’endroit où il change d’orientation, on s’élève sur une croupe qui aboutit après quelques mouvements de terrain, à un lieu propice à la contemplation sur l’intégralité du Larboust, les hauteurs de la vallée d’Oo, Seilh Grand surplombées par la muraille des Spijeoles, la crête des Six Pics et celles du Peyresourde. Disséminés sur la croupe, deux secteurs de plusieurs cromlechs (enceintes circulaires, ovoïdales ou rectangulaires, contenant des auges ou des urnes funéraires) de tailles variables matérialisent les vestiges de la société pré-Pyrénéenne. De manière générale, la Montagne d’Espiau est riche de restes mégalithiques, sous la forme d’alignements de pierres, et de pierres sacrées à cupules (Calhau de Pourics, Calhau de Sacada et Pierre d’Ariba Pardin à Poubeau). La première occupation humaine de ces hautes vallées, date du Néolithique supérieur, vers 3500 ans av JC. A St Mamet, 4 abris sous roche contenant outillage et foyers, témoignent de l’intrusion de ces proto-humains venus du Nord. Leurs séjours ponctuels se déroulaient sur les rives de cet ancien lac, qui occupait l’actuelle plaine Luchonnaise, jusqu’au verrou glaciaire de Cier de Luchon. Les sites de Sasplay sur les hauteurs de Fos, du vallon de l’Arriu Malo près du Lac de Baciver dans le Haut Val d’Aran, et du Lac de Bordères dans la vallée de Bareille, révèlent des zones d’activités de ces populations Néolithiques des 1500 ans av JC. Ces chasseurs-cueilleurs, à partir de l’Age de Bronze supérieur (l’Hallstat, 800 ans av JC) vont se sédentariser et donner naissance à une société agro-pastorale pré-Pyrénéenne.

Ces communautés de bergers-cultivateurs définissent les fondements de cette société montagnarde par une réponse à la pression environnementale :  s’adapter par nécessité.

A partir de 750 av JC, s’ouvre la période protohistorique Celtique. Le polythéisme de proximité est un prolongement de la pensée collective pour faire face aux défis du quotidien. La métaphysique de ces groupes sociaux puise ses sources dans les éléments naturels, qui imposent leurs conditions.

Un panthéon de divinités topiques relatives à cette période, relate les croyances de ces peuplades confrontées à une maîtrise de leur environnement. PAN le dieu générique des bergers et du monde sauvage en Europe méridionale, ERIAPP esprit des carrières, GAR maître des rochers et de la minéralité, BAZERT seigneur des sangliers, ONA déesse des cours d'eau et de l’élément liquide, AHERBELST (Occitanisé en Larboust), à l’apparence d’un bouc noir, protecteur du monde pastoral. L’héritage toponymique de cette période est toujours omniprésent pour nous rappeler cette évidente relation entretenue étroitement par le montagnard et son territoire. Garone, orthographiée dans son originelle expression, associe logiquement l’élément solide (Gar dieu de la minéralité) et liquide (One déesse de l’élément liquide). La médiation entre masculinité et féminité représenté par ces entités divines préceltiques, est certainement l’exemple le plus limpide pour expliquer le répertoire de nos mythes fondateurs, mécanismes de nos futures sociétés.

L’Eglise chrétienne va à son tour relayer cette métaphysique en imposant une relecture de la mythologie Pyrénéenne. Le florilège de croix, d’oratoires et de chapelles dans ces hautes terres, est le témoignage de la ténacité de l’église dans sa tentative de convertir le Pyrénéen. D’une manière générale les courants dogmatiques principaux auraient modifié les symboliques anthropologiques fondamentales.

 

Il est élégant et de bon ton quand on part à la rencontre d’une Montagne, de la traverser dans son intégralité. Le versant qui domine la vallée d’Oueil offre ce privilège, par l’intermédiaire d’une piste pastorale confortable qui serpente dans les estives du village de Benqué Dessus. A mi- pente l’on peut s’écarter du cheminement pour découvrir le site discret de l’Hospice du Buscarret ou de Saint Sernin. De façon inattendue, un habitant de Benqué en terrassant l’accès à sa grange, tombe sur deux sarcophages contenant des ossements. L’analyse révèlera que ces restes sont ceux, de deux individus masculins, l’un âgé d’une vingtaine d’années et l’autre estimé à 45 ans, datant du VIII° siècle. Il est fort probable, que le site soit les restes du cimetière d’une communauté monastique venu s’établir sur les flancs du Mail de Soupène, en mission de christianisation. L’on peut espérer que des fouilles seront entreprises d’ici peu, afin de confirmer cette hypothèse.

 

Aux abords de Benqué Dessus, l’on retrouve la « Passéjada » (Promenade en Occitan), qui invite à un petit détour dans l’église de Saint Blaise de Benqué Dessus, afin de compléter et clôturer ce voyage historique. L’édifice roman épuré et son clocher-mur, date du XII° siècle, il abrite des fresques remarquables du XVI° siècle de style Flamand de l’époque Gothique. Au niveau du chœur, la Passion du Christ se développe sur six compartiments. Les peintures de la nef, plus effacées, sont consacrées à des évocations de la vie de Marie et d’Anne, sa mère. A l’entrée à gauche est représenté la naissance de Marie, Anne est entourée de sages-femmes, allongée dans un lit à baldaquin. Dessous, l’enfant est présenté à sa mère après l’accouchement. Sur le mur opposé, la Nativité (Marie et Joseph agenouillés auprès de l’Enfant) et l’Adoration des Mages. Le décor comprend aussi une série de saints que l’on peut reconnaître à leurs attributs : saint Jacques en pèlerin, saint Michel terrassant un démon, sainte Marie-Madeleine tenant un flacon de parfum, sainte Catherine, en corsage et jupe bordés d’hermine, tenant une roue et un glaive, sainte Barbe, avec une petite tour. Dans la chapelle, le Miracle de Saint Eloi, patron des métiers de la métallurgie, ferre un cheval aidé par un valet. La promotion discrète et quasi confidentielle de ce trésor pictural autorise toujours une accessibilité au public. Pour combien de temps encore ? Sachons conserver ce privilège.

 

De la Daphnée Lauréole au Loup-Garou… 

 

« Notre répertoire floristique à disposition, représente cet aspect de l’ethno-botanique qui détermine le lien entre un usage alimentaire, matériel, médicinal, économique et la croyance populaire, que nous entretenons avec une plante. Cette relation étroite entre l’homme et ce végétal civilisateur, porte en sa mémoire une part de notre histoire. Le Chêne reste le fidèle accompagnateur de nos civilisations d’Europe Occidentale, d’usage fondamental dans, la construction de par son imputrescibilité, et dans les processus de tannerie, de par sa concentration tannique. Ses fruits, les glands, ont toujours garanti ressource abondante à nos sociétés agro-pastorales. Il symbolise cette puissance noble éternelle, qui nous protège de notre potentiel déclin. Les variétés de Saules, à qui l’on doit art et technique de la vannerie, et son usage thérapeutique, de par ses qualités fébrifuges ; Le Millepertuis, Hypéricum ou Herbe de la Saint Jean, et son pouvoir antioxydant, sont un infime exemple de cette culture du végétal, gardienne bienveillante de notre espèce humaine. La Daphné Lauréole, identifiable par l’odeur de poivron que dégage ses feuilles, lorsqu’on les déchire, fut largement utilisée dans nos vallées, pour la confection de cordage, de par la caractéristique fibreuse de sa tige. Cette Daphné Laureola et sa proche cousine, Daphné Mézéréum, à la toxicité avérée, appartenant à la famille des Thymulacés, jouit surtout, depuis l’Antiquité d’une réputation radicale en terme d’usage médical. En effet la préparation d’un ongan avec ses baies noires, que la plante produit entre Aout et Septembre, appelé le Garou, contribue à éradiquer infections résistantes et drainer plaies purulentes. Son principe actif neurotoxique peut garantir un effet léthal, quand la concentration est importante. Ainsi face à la menace épidémique de la Rage, connue depuis l’antiquité en Asie et Occident, dont le vecteur d’origine serait la chauves-souris, cette maladie véhiculée du Nord de l’Europe par le Renard Polaire dès le XIII° siècle en Allemagne, ce toxique basique était l’unique réponse prophylaxique de circonstance. Ce poison archaïque, contribua largement à la destruction des populations de loups en Europe et du chien errant. La peur de l’animal enragé et de toute sa symbolique démoniaque, retrancha l’inconscient collectif dans une crainte de représailles de la part de l’espèce canine. Aussi l’imaginaire social définira une icône terrifiante, associant l’homme et la bête, assoiffée de vengeance les jours de pleine lune : le Loup-Garou.

(Source :  Stéphane Poix Accompagnateur en Montagne spécialiste de l’ethnobotanique)

Enfance à la dérive

Prendre la mesure exacte de cette détresse propre à cette enfance sacrifiée par la défaillance des adultes, exacerbée par le séjour en institutions, reste une confrontation à haute teneur émotionelle, souvent délicate. Le placement en structure spécialisée est l’unique alternative pour ces jeunes publics, protégés par l’état et qui, la plupart du temps associent des pathologies comportementales, adoptées en réponse à un vécu chaotique. Les problématiques personnelles vont favoriser un réflexe de violence systématique dans le mode relationnel. Ce phénomène est d’autant plus amplifié, lorsque le cadre de vie et l’environnement social, sont confinés. Printemps 2007, j’encadre un séjour multi-activités dans les Gorges du Tarn, pour le compte d’un prestataire Cévenol de sports de pleine nature. Ce groupe pluriethnique, composé de 6 jeunes présentant des troubles du comportement, et 3 éducateurs, originaires de la Seine Saint Denis, est une caricature des plus représentative. En effet la journée de randonnée sur les berges du Tarn, fut une longue série d’évènements conflictuels à l’encontre de nos exigences d’encadrant et la défiante provocation systématique des jeunes, en quête de limites : refus d’attacher ses lacets, de porter son sac à dos, de marcher, de ramasser ses déchets, jets de pierres incessants, insultes, bagarres, attitudes irrévérencieuses…etc. La seule phase de coopération, qui fut certainement l’unique victoire pédagogique, en terme d’apport de connaissance, ce fut lorsque je sortis de mon sac, un crane de Castor. Cette relique, je m’empresse de la mettre en relation avec tous ces indices de présences sur la berge, que j’avais tenté de pointer, captiva l’auditoire. La symbolique de cet ossement semblait sous tendre un reflet de l’existence, du devenir, peut-être de l’abandon…La baignade dans le Tarn, sous surveillance étroite, donna l’occasion au groupe de se libérer de cette tension relationnelle interne. Le point d’orgue de ce séjour resta notre randonnée verticale, dans le canyon sec de Montbrun. J’essuyait plusieurs refus violents et autres crises d’angoisse, au niveau de la tyrolienne, des mains courantes et des 3 rappels. Ces interminables négociations furent préjudiciables à la tenue de notre horaire. La perte de temps et de fait, la menace orageuse se précisant, m’obligea à littéralement « mouliner » comme des sacs, les plus récalcitrants. L’orage est sur nous en haut du dernier rappel de 22m, le groupe au pied de la verticale s’abrite sous un auvent rocheux et nous attend, le dernier et moi. Au regard de l’urgence de la situation et face à l’état de panique de mon jeune client, je le longe sur mon baudrier, et sans lui laisser le choix, je me mets en tension sur la corde pour le déséquilibrer afin de l’entrainer avec moi pour une descente d’urgence anthologique sous la pluie battante. Nous resterons une heure trente sous les surplombs avant que ne s’atténue l’orage. Le franchissement des dalles glissantes de l’échappatoire, acheva ces jeunes pré-ados aux abois, qui en plein état de fragilité régressif, reflet probable de leur vide affectif, sucèrent leurs pouces, une fois le sentier regagné. Ces activités se sont déclinées en séquences éducatives, dans lesquelles l’enfant aura pu reconquérir une part de confiance en l’adulte (responsable de ses maux), par l’intermédiaire de cette confrontation avec eux même, dans un milieu qui prit un caractère hostile, imposant humilité face aux éléments. Je tiens à rendre un hommage à tous ces travailleurs sociaux intègres et solides, engagés par vocation dans cette mission éducative au caractère philanthropique. Souvent malmenés par des cadres malveillants aux services de quelques « voyous de la république », qui sacrifient sans état d’âme aucun, l’encadrement salutaire de cette jeunesse dérivante, sur l’autel du mercantilisme et de l’impitoyable logique comptable libérale.  

 

Philosophie de l’instant…

Au mois de Janvier 2009 le Pôle Espoir du Tennis Français par l’entremise d’un collègue, m’engage pour faire la Traversée Sud-Nord du sommet de l’Escalette en raquettes avec 6 jeunes athlètes « plein de globules » entre 13 et 14 ans et 2 entraineurs. La météo est tempétueuse et les chutes de neiges abondantes, la journée promettant d’être aventureuse. Après un réveil musculaire jusqu’à la cabane, une mise au point sur la réalité des conditions s’impose. Le discours des deux cadres est radical et sans appel, les jeunes sont là pour en découdre et ma fonction sera dédiée à seulement apprécier le terrain et tenir le cap. Nous nous engageons sur la voie normale hivernale versant Sud-Est. Le groupe progresse dans les pentes qui se chargent régulièrement. La visibilité se réduit au fil de la montée à quelques mètres. L’équation vent, neige et nébulosités annule tout point de repère. Aux environs d’un replat vers 1650m, que j’estime être celui des ruines de la cabane pastorale, je tire un cap vers la crête sommitale, seul garant de la bonne direction vers le sommet. La neige et le ciel uniformisent le terrain et en gomment toutes les irrégularités et détails susceptibles de me donner une idée plus précise de la zone où nous sommes. En gagnant de l’altitude les cumuls de neiges sont plus conséquents et la trace plus pénible à faire. La pente se redresse et la progression sur les griffes avants des raquettes est une épreuve supplémentaire pour l’équipe. Les jeunes semblent secouer par les éléments et l’entraide se met immanquablement en place au sein du groupe, toujours sous influence de la « Panzer-Pédagogie » des encadrants. Ayant dévié volontairement du cap initial pour éviter la ligne de crête marquant la séparation des deux versants, mon altimètre m’indique 1850m et les inflexions de pentes semblent indiquer la proximité du sommet. Une providentielle bourrasque ouvre le champ visuel quelques secondes sur les blocs sommitaux qui émergent et laisse entrevoir « l’Escalette » cette cheminée-escalier à qui le Pic doit son toponyme. Le moral des troupes qui était en berne remonte en flèche. La perspective de la descente dans Coumes Aygues vers la cabane de Larreix et son abri réparateur, remobilise mon groupe qui va se libérer de la pression supportée durant l’ascension et exulter, sentant la fin proche de l’épreuve endurée. Quand Nietzche nous rappelle que « Ce qui ne tue pas rend plus fort… », la restitution de ces jeunes rompus aux surcharges de rendement physique, stimulés en permanence par une autorité institutionnelle, fut révélatrice en ce sens, une fois de retour vers les abords de la civilisation. Mon rôle de passeur-initiatique-référent allait s’arrêter quand la piste enneigée rejoindrait le bitume. La capacité d’empathie et de reconnaissance de la part du groupe à mon égard va se limiter et se réduire au mode relationnel minimal. Ils n’avaient maintenant plus besoin de moi, retrouvant leur condition sociale initiale d’élite, « plus fort » dorénavant. »

Petite géologie des Pyrénées Garonnaises

 

Les Pyrénées sont une chaîne de montagnes qui relie deux bassins maritimes, la mer Méditerranée à l’Est, l’océan Atlantique à l’Ouest. Cette cordillère âgée de 65 millions d’années est actuellement à la moitié de sa vie géographique. En effet, on estime la durée de vie d’une montagne sur notre planète, à environ 150 millions d’années. 

 

Lors de l’ère primaire il y a environ 500 millions d’années, notre planète est un supercontinent la Pangée, où se met en place une montagne principale, appelée la Chaine Hercynienne vers – 350 millions d’années. Constituée de matériaux détritiques et organiques originaires de l’Océan Primaire (origine des calcaires du Larboust) et de roches magmatiques issues de l’activité volcanique et tellurique de cette période.

Cette montagne usée et détruite par les agents érosifs et les évènements géographiques, donnera après transformations sous fortes pressions et hautes températures au cœur du manteau terrestre, des roches métamorphisées et cristalisées (schistes du cirque de la Glère et de la vallée d’Oueil ; granits des massifs du Lys et du Portillon) forment aujourd’hui les parties les plus hautes de notre massif.

Durant l’ère secondaire une mer tropicale appelée l’Océan Pyrénéo-provençal (- 220 millions d’années) dépose pendant 110 millions d’années une épaisseur de plus de 1000 m de sédiments.

Au Crétacé supérieur (-65 millions d’années, ère tertiaire) la collision des plaques tectoniques continentales Africaine et Européenne et l’ouverture de l’ocean Atlantique Nord, soulèvent les sédiments du secondaires (calcaires du massif du Gar, du Cagire, de la Paloumère, de la Coume d’Arbas et de la Barousse), ainsi que les restes de la chaine hercynienne. Les mollasses de la plaine Commingeoise sont plissées par ce phénomène. Un système de failles parallèles orientées Est/Ouest et Nord/Sud se met alors en place. Ce dispositif de fractures en zone karstique de piémont assure l’absorption de l’activité sismique régulière du massif axial.

Ces évènements s’appellent l’Orogénèse Pyrénéenne.

Enfin durant l’ère quaternaire (-2,5 millions d’années) se succèdent plusieurs glaciations et changements climatiques (entre -1,5 millions d’années et -12000 ans) qui par érosion creusent les roches tendres de nos vallées (par endroit la glace pouvait atteindre 800 m d’épaisseur, le glacier de la Garonne mesurait 80 km de long) et donnent le faciès actuel de nos montagnes (verrous et lacs glaciaires).

Les principales vallées axées Sud-Nord sont le témoignage de ces glaciers principaux qui par étalement, appelées « Diffluence Glaciaire », ont creusé et défini les vallées secondaires axées pour la plupart d’Est en Ouest, générant ainsi nos Soulanes (versants Sud) et nos Barguères ou Ombrets (versants Nord).

Montagne initiatique

Dans le frimas automnal annonciateur de l’hivers d’un jour de Novembre 2011, j’encadre un groupe mixte de pré-adolescents magrébins résidents d’une Maison d’Enfants à Caractère Social Toulousaine. L’objectif étant l’ascension d’un sommet frontalier facile d’accès et de fait présentant un contenu pédagogique des plus intéressant. Ces jeunes imprégnés de réflexes hyper-urbains sont dans le déni total de l’activité dès le départ du Col de Menté : il faut marcher, ça monte, c’est mouillé et il fait froid, c’est nul ici il n’y a personne, que des arbres, de l’herbe et des cailloux…etc., bref tout est négatif, inutile et de surcroit les nuages crachent une fine pluie froide régulière qui plombe quelque peu l’ambiance. Je fais quelques tentatives pour expliquer le bien fondé et l’intérêt de leur séjour en montagne qui s’avèrerons systématiquement infructueuses. L’éducateur prend le relais et motive le groupe d’apprécier tout simplement le fait d’être loin de leur cadre institutionnel et que cette montagne qu’ils détestent de prime abord, représente une forme de liberté retrouvée temporairement. Tant bien que mal nous rejoignons la cabane par la piste pastorale, après avoir essuyé plusieurs refus d’avancer qui tournent parfois au psychodrame. La fragilité sous-jacente de ces pitchons s’affirmant face à la difficulté de faire ce choix d’avancer vers quelque chose qui ne représente rien pour eux. La découverte de la cabane et de son abri providentiel est une surprise pour la plupart. Les questions fusent sur l’usage de ce refuge et sa vocation, il semble difficile de concevoir cette libre utilisation responsable et partagée du lieu. La pause réparatrice autorise à reprendre les négociations entre encadrants et usagers. Autour du feu que les jeunes ont voulu allumé se joue la suite des évènements. L’un d’eux décide d’aller chercher du bois dans le but de tenter les prolongations. La corvée devient prétexte à un élan collectif spontané. A l’extérieur les conditions de visibilité s’améliorent, les brumes s’évacuant révèlent enfin la profondeur du paysage et laisse entrevoir la cime défiante, toute givrée. Les garçons motivés par nos commentaires sur l’accessibilité du sommet, commencent à envisager de façon duelliste son ascension. Le groupe se redynamise autour de cet objectif potentiel et nous quittons enfin la cabane, en promettant de la retrouver une fois notre besogne accomplie. Sur le sentier, les semelles glissent sur le gispet et la boue, les « goujats » (garçons en Occitan) donnent la main aux filles dans les passages raides et gras. Le groupe se structure enfin et se révèle. A l’approche de la crête frontalière, un Gypaète Barbu nous fait une aubade suffisamment proche pour en apprécier ses dimensions généreuses et son plumage. Les jeunes, curieux de ce « grand planeur » me questionnent à son sujet. La curiosité naturaliste prend le pas sur leurs réticences et va donner un peu plus de sens à leur incursion en montagne. Le sommet atteint finalise l’harmonisation du groupe qui jubile de concert face au spectacle de cette puissante éternité de la chaine. Apercevant notre point de départ 500 m plus bas, les jeunes réalisent le chemin parcouru et résinifient leur réussite par des cris victorieux. Consécration absolue, durant la descente, une harde de biches traverse les pelouses et nous offre une rencontre privilégiée. La chaleur de la cabane retrouvée achèvera de repositionner positivement cette journée en montagne, en victoire éducative, nourrie d'émotion..

L’Aventure de l’Hydro-électricité Pyrénéenne

Le patrimoine géographique de la cordillère Pyrénéenne, offre les pré-requis nécessaires à la production hydro-électrique. Les terrains montagneux en pente associée aux réserves naturelles d’eau représentent ce potentiel. En lien avec la pénétration des voies ferrées dans les principales vallées de la chaîne, la puissance motrice de la vapeur se révèle insuffisante pour attaquer les dénivelés Pyrénéens. Aussi, l’ingénierie de l’époque élabore le moteur électrique qui va relayer l’archaïsme de la locomotion conventionnelle. En 1895 la première centrale de production du Chiroulet, en vallée de Lespone, inaugure l’aventure Pyrénéenne de l’hydro-électricité. Le barrage des Bouillouses en 1910 est le premier modèle du genre. La Société Hydroélectrique du Midi (SHEM) reste pionnière en terme de grands ouvrages fondateurs de cette énergie propre, que les économistes des années trente, vont baptiser, la « houille blanche ». Les Pyrénées Françaises, vont être le théâtre de travaux pharaoniques qui, non content de générer le plein emploi, vont développer cet outils de production (Laparan, Portillon, Cap de Long, Pragnères, Migouélou, Artouste…). Ainsi aujourd’hui, le versant Nord de la chaîne accuse 300 barrages et 95 centrales hydro-électriques, dont la moyenne de production de chacune avoisine les 40 mégawatt par jour. EDF est la principale compagnie gestionnaire de ce fantastique arsenal qui, depuis plus d’un siècle, conserve son bien-fondé, en harmonie avec les enjeux environnementaux de demain.

Facteurs humains aggravants

Plusieurs saisons hivernales d’affilées, je suis en charge d’encadrer en raquettes à neige, un club de randonneurs retraités hyperactifs Toulousains. Nous effectuons des séjours d’une semaine, en Val d’Aran en 2011, au refuge des Bouillouses en 2012 et en Andorre en 2013. La composante du groupe est variée, elle propose un mélange de vieux routards d’origines montagnardes (Ariège, Bigorre) et de pratiquants occasionnels, citadins d’appartenance. Cette évidente hétérogénéité au sein du collectif, va générer des disparités dans les perceptions et les attentes des participants. Au fil des séjours les affinités se révèlent au sein du groupe, et positionnent les personnages clés des différents sous-ensembles. En fonction des événements météorologiques, des conditions nivologiques ou de la réalité géographique de nos itinéraires, vont s’afficher l’enthousiasme des uns, la crainte et le doute des autres. Plus que jamais, mon rôle de médiateur prend tout son sens, quand les points de vues s’opposent systématiquement, altérant de fait la cohésion déjà fragile. Mon obligation contractuelle m’obligeant souvent à trancher et à m’imposer comme autorité référente lorsque l’on aborde l’aspect sécuritaire. Dans ces cas précis, ma capacité à la prise de décision, justifie la valeur de mes honoraires journaliers. Un des participant de nature angoissée symptomatique, se complait dans un réflexe systématique d’appréciation négative. Ce personnage manifeste régulièrement ses tendances, semant le doute et donc, le trouble dans notre caravane, m’obligeant d’une part à le rassurer de façon probante, pour le contenir, et d’autre part, à récupérer la collaboration d’une partie du groupe sous influence. Ce comportement au caractère toxique pour le collectif va jouer un rôle déterminant à l’occasion d’une journée mémorable. Notre séjour en Andorre s’achève dans le cirque lacustre des Pessons. Les chutes de neiges abondantes au fil de la semaine, modifient mes propositions d’itinéraire afin de trouver le bon paramétrage en terme de lecture des conditions et du terrain, nécessaire au bon déroulement de nos journées. Ce jour-là la montagne surchargée, ne laisse guère de choix pour une progression en sécurité. Plusieurs rotations d’hélicoptère sur les versant frontaliers Ariégo-Andorrans nous intriguent. Notre trace utilisa la topographie la plus douce pour enfin débouché dans un vallon horizontal et confortable, au pied d’un ressaut insignifiant (pente à moins de vingt degrés). Ce léger mouvement de terrain donnant accès au premier lac du cirque. Cette « coume » est surplombée par une courte pente plus marquée, et s’ouvre en aval sur un vaste plat parsemé de bosquets de Pins à Crochets. A l’entrée de ce vallon je fais arrêter le groupe à l’abri sous une barre rocheuse et décide de reconnaitre la courte traversée jusqu’au ressaut. Je dois avoir fait moins de dix pas et entendre sous mon dernier, le claquement sourd de la plaque qui se fracture sur cette contre-pente amont, et se met en mouvement sur l’intégralité de sa largeur. Je cours me mettre à l’abri vers mon groupe en leur criant d’évacuer sous la barre à quelques pas. En me retournant dans ce laps de temps, je découvre une des participantes derrière moi, qui m’avait tout simplement suivi. Suivant des yeux la coulée et ma cliente, j’assiste à son « coffrage » partiel jusqu’au niveau de ses genoux par cette avalanche de petite ampleur venant mourir sur le plat du vallon, juste aux bouts de mes spatules. La cliente toujours dans une apparente inconscience de la situation, se retrouve de fait assise sur l’enchevêtrement de plaques et éclate de rire. Après quelques coups de pelle pour la libérer, je réunis le groupe pour commenter et dédramatiser la situation. Ce déclenchement par le bas est un cas d’école en terme d’interprétation de l’état du manteau neigeux, et de scénarios géographiques favorables aux départs d’avalanche. La zone où nous progressions ne pouvant donner lieu à une sur-avalanche, reste relativement sécurisée au regard des conditions réelles. En fait la pente étant purgée, la voie d’accès au cirque était libre. Mon interprétation des faits permet de remobiliser le groupe, et après concertation et relecture de la carte pour confirmer, nous envisageons de continuer le franchissement du ressaut et progresser de lacs en lacs, en se tenant à distance des pentes raides du cirque. A ce moment de prise de décision collective sous mon influence, notre « fataliste » de service entame son ultime comédie psychodramatique, faisant état de notre perdition probable. Celui-ci dans une terreur pathologique quitte le groupe et s’engage vers le grand plat boisé sous notre « coume ». Certains le suivent pour tenter de le raisonner et d’autre plus dubitatifs décident spontanément de le rejoindre. Du coup au regard de cet apparente mutinerie et devant le fait accompli, mon statut de référent temporairement suspendu ; il fut impossible de ramener l’intégralité des participants à notre réalité du moment. Le manque de vécu montagnard de certains, associé à une faiblesse dans la tolérance d’une charge émotionnelle, furent les facteurs limitants du collectif, mettant à mal ma capacité de gestion, remettant en question ma position de cadre. Ce jour-là, nous étions au bon endroit…Les secours en montagne Andorrans en alerte toute la matinée, ramenèrent deux skieurs décédés.

 

« Le Lerô », ou l’intelligence agro-pastorale montagnarde…

Ce récipient portatif de forme courbée, seau à traire unique en son genre, incarne à lui seul les stratégies d’adaptations de la société montagnarde, aux prises avec la contrainte environnementale.

Cet outils agro-pastoral est exclusivement Couseranais, les rares modèles ne subsistent aujourd’hui que dans quelques « trastets », greniers ou débarras en Occitan, de certaines maisons de famille Ariégeoises imprégnées de culture pastorale.

Son élaboration est le fruit d’une synergie, mettant en jeux paramètres climatiques et géomorphologiques en lien avec une matière organique. La structure curviligne de ce seau à traire est issue d’un Sapin Blanc (Albies Alba), dont le tronc est courbé à sa base par un angle avoisinant les quatre-vingt-dix degrés. Le caractère imputrescible et antiseptique de ce résineux lui confère son usage premier, celui de recevoir un précieux liquide, ressource essentielle d’une société pastorale : le lait. En fait le montagnard du Couserans a détourné une singularité morphologique, propre à la croissance de ces arbres poussant dans les dévers des pentes raides de l’étage montagnard supérieur, soumises à une occupation régulière d’un manteau neigeux conséquent, durant la période hivernale. L’épaisseur de neige dans sa reptation imposée par la gravité, va contraindre la jeune pousse de Sapin Blanc dans sa croissance à une « horizontalisation » de sa branche principale. Ce mouvement temporaire s’interrompt au printemps, permettant à l’arbre de reprendre sa verticalisation spontanée vers la lumière : l’héliothropie. Cette alternance va générer à terme une forme crossée du tronc, qui matérialise la domination d’un environnement qui fait pression sur le vivant et en quelque sorte l’asservit. Ce détail n’a pas échappé à l’œil d’une paysannerie en quête d’ergonomie de son quotidien. La tradition voulait que l’on sélectionne un arbre crossé offrant un tronc d’une trentaine de centimètre de diamètre environ, auquel l’on supprimé la partie verticale, au-dessus de son coude. La souche qui affleurait était laissée en terre, après avoir vu son obier entamé et enduit d’un onguent, dont la ruralité avait le secret, destiné à sa dissolution. Après trois années de patience, le pied était scié à la base de son plan horizontal, pour être définitivement évidé et subir un polissage de sa surface interne. Le récipient massif était équipé de deux cercles de métal et d’une poignée destinée à son transport. L’objet était fin prêt pour sa fonction pastorale, traire les bêtes en estive sur pente raide, en profitant de la courbure du seau qui compense la déclivité du terrain. Le montagnard s’asseyant sur la partie horizontale du « Lerô », tout en plaçant le pi de l’animal sous sa partie verticale. 

La pertinence du montagnard Ariégeois dans son observation et sa capacité d’élaboration représente un consensus entre ses besoins et la potentialité offerte par son milieu d’appartenance. Celui-ci réussi à extraire d’un particularisme physique transversal : la pente et ses contraintes ; une réponse technologique stratégique qui se révèle harmonie entre son art de vivre, et ce que son environnement lui impose.  

Cop de Fotre (coup de colère en Occitan)

 

Nos modèles sociétaux valléens actuels, juxtaposent des populations qui se révèlent souvent incompatibles.

Comment harmoniser une cohabitation constructive entre des hyper-actifs lucides donc impliqués, et des hypo-actifs immobiles et attentistes donc démissionnaires?

Problématique posée dans une forme généraliste, certe, mais on ne peut plus réaliste, tant son expression omniprésente dans notre quotidien, est récurente.

Les situations clivantes et autres sujets contentieux entre gens du cru et néo-montagnards entravent toute dynamique et projection. Les sensibilités éducatives et par extension morales, se confrontent sans jamais se neutraliser réellement. Ces phénomènes fragilisant de faits, cette inconsistante cohésion sociale. La peur et la méfiance de l’autre, prennant souvent racine, dans un terreau d’ignorance.

 

La démographie reste chez nous poussive, la problématique évidente c'est cette idée de "dilution sociale" qui terrorise l’autochtone, et intruse la vie du paisible retraité. C'est donc dans le reflexe le plus acquis, que l'on cultive, celui de la difference. Le néo-montagnard menacera toujours ce semblant de paix sociale. Celui-ci, au nom de ce  droit d’appartenance géographique, jamais! ne sera d’ici. La méfiance du “Mauvézin” (Mauvais Voisin en Occitan) reste un héritage culturel dont l’aspect dualiste fait contre-emploi. Cette nouveauté sociale porteuse de diversité et de hausse démographique évidente, serait une réponse à cette "solitude sociale.

 

 

Les générations de natifs, qui ont décidé par choix délibérés ou d'obligations socio-économiques de migrer professionnellement, en quéte d'ascenseurs sociaux ou de rupture avec la tradition, ont quarante ans de plus quand ils sont de retour. Certains d'entre eux engagés en politique, invalident une logique de projets territoriaux parce que, la plu-part du temps, leurs valeurs vont s’avérer surranées. D’autres, vont révéler leur veritable haine à l’encontre de ces néo-montagnards intrusifs, en adoptant des attitudes caricaturales d’antipathie, à l’extrème limite tribord du politiquement correct. La réalité de terrain révèle des besoins que ces individus responsables n'arrivent pas encore à identifier. L’inutilité sociale et publique est un savoir-faire dont les “toxiques” du collectif, maitirisent au plus haut point. Le réflexe systématique de la critique sans contre- propositions constructives, reste leur signature. Autant ne pas invoquer les enjeux de demains, puisque ces personnages en cultivent un déni systématique.

 

Les Pyrénées Hauts-Garonnaises ne peuvent plus rester l’exception du massif, en matière de développement local. L'Ariège voisine a su anticiper depuis 50 ans par le recours à une forme de tolérance et d'art du consensus avec l'unique intention, de revitaliser démographiquement ses vallées. Il en est de meme des Hautes Pyrénées qui ont su créer une forme d'auto-suffisance en prenant tout simplement conscience de leur potentiel humain et environnemental. Autre exemple probant, que celui de la vallée d’Aspe aux confins du Béarn, dans laquelle le tissus associatif très dense, assure une qualité de services socio-culturels remarquables. Ici quelques personnalités conscientes de ces potentiels, oeuvrent pour maintenir une culture Montagnarde vivante et active. Par le plus pur des hasards, se sont souvent des néo-montagnards qui s’engagent à promouvoir l’image de ce territoire. Tout en faisant l’apologie de cette culture Pyrénéenne, comble de l’absurde, ils oeuvrent pour leurs principaux détracteurs.

 

Ce “Cop dé Fotra” est une juste réponse à ce cumul d’incohérences, préjudiciables au bien commun. Celui-ci aura l’avantage de proposer une lecture des mécanismes relationnels inter-communautaires, afin d’en appréhender, nos pathologies valléennes et nos facteurs limitants. Ces reactions ainsi exposées ne signifient, que je sois pétris de convictions; elles sont avant tout, fondées uniquement à partir d’éléments factuels, vécus ou observés dans nos quotidiens. Vivre ici, imposent concessions et indulgence.

Appassionata…

Eté 2008, je suis vacataire auprès de l’Office National de Chasse et la Faune Sauvage et l’Equipe Technique de l’Ours. Ma principale mission sera l’expertise des dégâts ursins, constatés sur les animaux domestiques de nos estives (brebis, vaches essentiellement), afin d’indemniser l’éleveur propriétaire. La formation au protocole d’expertise est assurée par des professionnels spécialistes Pyrénéens de l’Ours : Etienne Dubarry, Pierre Yves Quenette, Jean Jacques Camara, Daniel Dubreuil…Ces techniciens et biologistes   se positionneront comme personnes ressources à mon égard, enrichissant ma connaissance naturaliste de la thématique. Au cœur de la problématique Pyrénéenne que représente le maintien et de fait la présence de l’Ours dans nos montagnes ; j’assure une trentaine d’expertises entre la vallée d’Aston, du Biros, de la Pique et de la Garonne. Plus que jamais, souvent entre « marteau et enclume », j’appréhende mieux la cause pastorale et son désarroi face aux exactions du prédateur, vécue comme une prise d’otage politique, malgré ce dispositif compensatoire, dont le bien-fondé est d’acheter une certaine paix civile dans l’estive Pyrénéenne. A ce titre, comment est-il possible de neutraliser ce reflexe haineux de l’Ours, fruit d’une lente imprégnation trans-générationelle, émanation de cette cohabitation improbable, depuis 3500 ans, entre l’homme et la bête ? Au-delà de mon empathie, je relativise aussi, l’impact des prélèvements de l’ordre de 170 dégâts indemnisés par saison, sur un million de brebis de notre versant Nord. De fait confrontant mes sensibilités pro et anti Ours, une certaine prudence dans mon positionnement, m’autorisa à adopter une certaine attitude de médiation, pour mener à bien mes missions délicates d’expertises. Dans un tout autre registre, le comptage des populations d’Isards pour le compte de la Fédération de Chasse, ainsi que les missions Lagopèdes commanditées, par l’Observatoire des Galliformes de Montagne, sous la houlette du brillant Emmanuel Ménoni, révéla cette bienveillance naturaliste, de la part de ces hommes passionnés et passionnants, à l’égard de ces espèces emblématiques de nos Pyrénées. A cette occasion, comment oublier cette expérience au combien anxiogène, d’évacuation d’urgence de notre bivouac au Col de la Montagnette, en hélicoptère. Ce jour-là, sous des rafales de Foehn à plus de 100 km/h, le pilote se joua de l’aérologie et de l’orographie locale, pour nous offrir un vol anthologique, dont l’intensité émotionnelle dans le cockpit, fut à son comble.

Le Triomphe des Médiocres…

 

Reconnaitre enfin, à sa juste valeur, le potentiel geographique et humain en Pyrénées Commingeoises. Ici je justifierais mon écart discurssif par ma seule implication d’acteur démographique, économique et culturel. Le seul objectif est une reconquète de cette identité montagnarde, afin que cette communauté se reconnaisse et se mobilise.

Patrice de Bellefon, célèbre guide Pyrénéen, engagé pour la cause montagnarde depuis plus de 60 ans, introduisait son ouvrage majeur “Cent plus belles courses dans les Pyrénées”, en consignant notre évident privilège : « …le prestige de la montagne et les joies qu’elle dispense attirent vers elle une foule d’adorateurs, et, de ce brassage entre gens des plaines et des vallées Pyrénéennes, nait un phénomène nouveau : nos agglomérations urbaines comprennent que la montagne est indispensable à leur équilibre, et les Pyrénéens acquérant la certitude de l’utilité de leur vie, prennent conscience de leur chance d’être Montagnards… ».

Comment ne pas réagir quand en 2015, la corporation des professionnels de la Montagne transfrontaliers, soutenue financièrement par l’Europe (projet POCTEFA et FEDER) pour la creation d’un collectif de Guides de Montagne Aragonais-Aranais-Commingeois, cristallisé autour de ce sommet commun, l’Aneto; ne puisse aboutir par mépris et désengagement des responsables de sa ratification. La réactivité Espagnole comblera nos homologues “Tras Montanha” (en Occitan “de l’autre coté de la montagne”) par une reconnaissance de la part de leurs intitutions.

Quel constat édifiant que celui de nos élus responsables de cette période, inconscients de la potentialité de ce patrimoine exceptionnel, devenir complices de ce naufrage culturel et certainement économique. “Le Royaume de l’Aneto” sera donc dénié. Pourquoi ne pas conférer à notre territoire ce label de qualité géographique et culturelle, qui le revaloriserait à sa juste valeur et lui assurerait, un avenir pérrenne? Quand les Pyrénées vont ils tendre vers une transition touristique qualitative? Historiquement, avant d’ètre consacrée “Reine des Pyrénées”, et de nos jours devenir, “Belle Endormie”, Luchon fin XIX° était, par l’entremise du professionnalisme des Guides de Montagne locaux, un épicentre du Pyrénéisme. Insidieusement les volontés politiques ont lentement effacé en la diluant, la mémoire montagnarde, au profit du gout superficiel des mondanités et autres valeurs d’apparat.

 

L’erreur l’historique serait le modelage de cette pointe Sud de la Haute Garonne. Les vallées de la Pique et du Larboust auraient du étre par logique géographique Hauts Pyrénéenes et la Haute Vallée de la Garonne, Ariégeoise. Le choix institutionnel dévoué au plaisirs de la haute société imposa donc l'usage et la vocation de ces hautes terres, à des fins de villegiature touristiques pour le gotha.

Quelques icones politiques locaux, portés et encensés par la candeur populaire, ont été pleinement responsables de quelques abérations, en terme de décisionnel. L’exemple ubuesque du tunnel de St Beat et de la deviation d’Arlos non coordonnés de par un différé financier, en dit long sur la malveillance des opérateurs et nous révèle une certaine opacité financière. Le piétinement de la situation est peut ètre du en partie, à quelques positions psychorigides, relatives à des priorités environnementales, qui vont s’avérer dommageables par résonnance pour notre communauté. Il est vrai que la valeur de l’Ecrevisse à Pattes Blanches, semble incomparable face à un territoire en perte de dynamisme économique et social. Ainsi Austropotamobius Pallipes supplanta Homo Sapiens Sapiens Pyrénéica. Apparement pour ces “gourous” locaux de l’environnement le choix n’a pas été cornélien.

Peut ètre devons nous autres citoyens contribuables “romégaires” (mécontents), en réponse collective s’abstenir de toutes obligations fiscales locales, pour établir un veritable rapport de force défiant, avec nos décideurs autistes? L’arsenal de taxes indirectes sous forme de radars routiers fixes ou mobiles, est une double peine pour la population active locale, qui non content d’assumer une mobilité géographique contre survie économique, se doit de composer avec ces “pompes à frics” indescentes.

 

Je perçois dans la vallée où je vis, qu’une partie de la population entretient peu d’affinités avec la cause montagnarde et ses enjeux touristiques. J’ai l’intime conviction qu’elle n’est toujours pas décidée à acceuillir du public en Montagne, se positionnant comme facteurs limitants notoires. Les Pyrénées Hauts Garonnaises se doivent d’être en l’état, pour amorcer ce virage vers une pratique touristique dans laquelle une qualité d’acceuil et un modèle “cinq saisons” (inpliquant l’hivers sans neige), serait, comme le démontre l’exemple historique Queyrassin dans les Alpes du Sud, une alternative à forte valeur ajoutée pour ce territoire. Anticiper la réalité de nos déficit d’enneigement, serait aussi la preuve d’un certain égard pour le futur et ses générations concernées.   

  

Une mansuétude réciproque entre parties antagonistes de la communauté montagnarde, serait un point de départ constructif, afin d’envisager une reconquête collective de son identité. Au regard de la marge de progression que celle-ci possède, la perfectibilité de la situation est évidente. Le contre exemple de la vallée d’Oueil laisse envisager un champ des possibles en terme de reconciliation. En effet, la gestion de la station de ski de Bourg d’Oueil fut assurée jusqu’en 2019, par un collectif bénévole où cohabitaient, retraités hyperactifs et jeunes générations alternatives.

Toponymie Pyrénéenne, un dénominateur commun : l’Occitan

 

L’espace géographique Occitan Nord Pyrénéen est fixé entre Catalanité et Basquitude. Il se décline d’Ouest en Est en territoires linguistiques : Béarnais, Gascon et Languedocien.

 

Il s’agit de définir une aire regroupant des communautés au passé et aux usages lexicaux communs. Je propose une appellation « Pyrénées Occitanes » afin de définir cet espace.

Le massif Pyrénéen Occitan couvre plusieurs territoires géographiques et linguistiques qui abritent de véritables identités culturelles singulières. Celles-ci sont associées par une imprégnation et une proximité de la langue Occitane : Corbières, Haute vallée de l’Aude, Pays de Sault, Fenouillèdes, Donezan, Kercorb, Pays d’Olmes, Haute Ariège, Vicdessos, Haut Salat, Couserans, Haut Comminges, Val d’Aran, Barousse, Pays des Nestes et vallée d’Aure, Bigorre, Val d’Azun. Pays Toy, vallée d’Ossau, vallée d’Aspe et Barétous. L’interface de ce territoire, semble ètre de toute évidence, un patrimoine collectif : la toponymie.

 

La toponymie reste une science humaine évolutive qui conjugue par nécessité la linguistique, l’histoire et la géographie d’une zone spécifique. Cette discipline émerge fin XIX°, branche de l’onomastique (étude des noms) elle est institutionnalisée par les travaux d’Auguste Longnon en 1923 et de Albert Dauzat, Charles Rostaing, Paul Lebel au cours des années 30.

 

Cette discipline cherche à établir une vérification de l’origine d’un nom de lieu (étymon) en opposant les sources anciennes et orales aux lois de la phonétique locale. Elle est le point de départ de disciplines transversales comme l’anthroponymie et l’archéo-linguistique qui autorisent plus de précision dans la définition de l’aire d’un étymon (espace géographique, historique et linguistique d’un mot). Dans sa méthodologie le toponymiste débutera par l’aspect étymologique d’un mot (sa racine) et s’appuiera sur ces disciplines pour finaliser ses recherches.

 

Le répertoire toponymique actuel a subi de nombreuses déformations durant ses phases de transmission. Imaginons le désarroi du cartographe ou de l’officier géodésien natif du nord de la France face à la phonétique rocailleuse de nos patois locaux. Ces erreurs de transcription rendent la tâche du toponymiste ardue, la définition d’un terme pouvant alors prendre plusieurs sens suivant l’interprétation subjective ou non que l’on en fait.

La rigueur scientifique trouve ici ses limites, la dimension humaine prenant l’ascendant sur les outils de vérification. Donc le toponymiste restera prudent sur la détermination d’un mot, il s’appuiera sur des constats de similitudes et de recoupements avant de se prononcer sur le sens de ce mot.

 

 

La plupart des toponymes recensés (cartes IGN, témoignages écrits ou oraux) représentent un témoignage de l’aventure humaine en montagne, le fait de nommer un lieu de la même façon permet d’établir la reconnaissance commune d’un territoire. La transmission de ces codes assure la sauvegarde de ce patrimoine.

 

Le toponyme est le résultat direct de la perception du milieu dans lequel évolue l’homme, il induit un usage (agropastoral, habitat, déplacements, traditions) et un effet (positif, négatif) de par son sens. Il nous renseigne sur un état physique (forme, faciès, métaphore), une position géographique, une exposition, une spécificité. Il représente aussi une mémoire collective historique et évènementielle d’un espace géographique.

 

L’histoire de la langue d’Oc prend racine dans la strate Pré-Indo-Européenne et Préceltique. Elle désigne 3 courants migratoires principaux de la protohistoire période comprise entre – 5000 ans (Néolithique) et la fin de l’âge du Fer vers – 500 ans : les Ouralo-altaïques en provenance de l’Europe centrale, les Méditerranéens Proches Orientaux (Grecs, Ligures) et les Celtes venus du nord de l’Europe

Cette fusion culturelle aboutit à un substrat linguistique appelé « Aquitanique » qui géographiquement se situe au sud de la Garonne. La civilisation pastorale Pyrénéenne prend alors racine dans ces nouveaux groupes humains archaïques. De cette période sont issues les racines étymologiques tel KAR-GAR (rocher) / ALP-PAL (hauteur) / CAL-CAM (plateau) / TUC-SUC (montagne individualisée) / TREBO (village). La plupart des suffixes en OS sont un héritage de cette période : ex : BACHOS, BINOS, ESTENOS, ARGUENOS, GENOS…

 

La strate Latine débute à partir de – 200 ans. Rome va imposer son influence politique et culturelle. L’exploration à des fins militaires des hautes vallées permet de définir des voies d’accès et améliore ainsi la communication entre communautés.  Des colons Romains (vétérans militaires pour la plupart) s’installent à l’entrée de nos vallées et deviennent éleveurs, agriculteurs et viticulteurs. Ils cohabitent ainsi avec les peuplades locales (Garumnis et Coseranis en Comminges par exemple) et font naturellement évoluer le langage qui s’enrichit de ces différences juxtaposées. On peut parler d'une d'assimilation pluriculturelle qui débouchera sur une confédération interethnique : les Convènes.

La majeure partie des noms de lieux de cette période ont une origine dans le nom de ces nouveaux propriétaires terriens. Les suffixes en AN (du latin ANUM) ex SOULAN, QUILLAN, DAUMAZAN ; et en AC (du latin ACUM) ex BENAC, SUC et SENTENAC, SAVIGNAC, ROUFFIAC sont issus de cette époque. L’époque Gallo-Romaine, période comprise entre le II° et le III° siècle est caractérisé par la fameuse « Pax Romana » qui garantit une certaine stabilité politico-culturelle au sein de cette aire géographique.

 

La période Romane s’ouvre lors de l’effondrement de l’empire Romain en 476 à Constantinople, sous la pression des invasions Wisigoths qui bouleversent radicalement la culture du sud de l’Europe dans sa globalité. Les Francs imposent par la suite leur domination dès le VI° siècle. La pénétration Maures imprégnera le versant sud du massif. Jusqu'au X° siècle des mutations lexicales font évoluer le langage qui s’achemine vers une forme définitive de l’Occitan. Les terminaisons des toponymes de cette période sont caractérisés par ENS ex RABASTENS, COUFLENS.

 

La strate Occitane à partir de l’an Mil est marquée par un processus massif de christianisation des hautes terres Pyrénéennes. Ainsi face au nouvel ordre religieux fondateurs des préceptes du féodalisme, le peuple Pyrénéen rentre en résistance culturo-ethnique par l’intermédiaire de cette langue qui s’individualise et s’institutionnalise (poésie et littérature). La dernière influence notable, est la forte imprégnation religieuse qui s’opère en associant le nom d’un lieu au nom d’un saint qui le protège dès le XI° siècle : SAINT AVENTIN, SAINT SAVIN, SAINT LIZIER.

 

Le champ léxical de l’Occitan est quatre fois plus riche que notre Français conventionnel. De ce fait, dans d’autres temps, cette menace linguistique pour l’unité nationale subit quelques harcèlements. L’Ordonnance de Villers-Cotterets édité par François I° en 1539 débute cette uniformisation linguistique. Restaurée de nos jours à sa sa juste valeur, la langue Occitane et sa puissance métaphorique, reste toujours au service de son utilisateur.

 

La Langue d’Oc contemporaine résulte de ce lent processus de sédimentation linguistique qui s’opère depuis cinq millénaire, aboutissant à un langage stabilisé et commun, socle et mémoire de ce patrimoine Toponymique Pyrénéen.

“Véni, Vidi...”

 

Cette formule laconique, incomplète de surcroît, nous la devions en guise de conclusion. Nous levons notre camp de base, après 11 ans d’un séjour Fosséen, riche d’enseignements. De belles rencontres certes, mais des déceptions, assurément.

Motivés par “l’aventure scolaire” de la classe unique du village pour nos enfants, nous pensions vivre une immersion chez des “montagnards” intègres, gardiens d’un patrimoine géographique d’exception et d’un matérialisme historique à transmettre, qui garantirait un retour à ces fondamentaux de l’existence qui tiennent tête à la dérive de notre société.

Que nenni, point de montagnards engagés pour leur cause, la réalité en fut tout autre. Le quotidien relationnel entre l’omnipotence des clans et autres diasporas malveillantes, la méfiance des âmes délatrices, la légitimité des incompétents notoires, d’inutilité publique et la discrimination générée par des xénophobes de tous bords, reste lourd de sens. L’art du “vivre ensemble” s’avère une vague illusion au goût amer, d’autant que son prérequis, serait un basique “savoir-vivre”. Dans une configuration où la promiscuité est inévitable, l’intrusion et l’indiscrétion sont la marque du ‘savoir-faire” local. Certains quartiers prennent l’aspect d’une “marmite du diable” imprégnés par ce travers de l’expression populaire, qui source de cruauté relationnelle, a depuis fort longtemps, submergé la ruralité montagnarde.

Le modèle sociétal Fosséen est une caricature redimensionnée de notre société Française. Vous savez celle qui sédentaire et suralimentée, a littéralement pillé les rayons de pâtes et de papiers toilette lors du premier confinement, ou celle qui fait encore la confusion entre “toilettes-sèches” et “latrines”, continuant à déféquer impunément dans de l’eau potable. La même qui très certainement en cas de crise sérieuse, serait dans l’incapacité cognitive de faire le lien entre ses actes et les leçons d’une mémoire nationale qui, depuis les fastueuses années 30 à 50, est porteuse de symboliques politico-sociales majeures (Front Populaire, Franquisme, Nazisme, Guerre d’Espagne, Seconde Guerre Mondiale, Shoah, Stalinisme, Guerre Froide…).

Ici, l’appartenance géographique est le passe-droit absolu, ce label à haute teneur qualitative, légitime la toute-puissance autochtone, dont le quotidien aura souligné les défaillances de ces “barons topiques” et révélé un modus operandi générique. Il s’avère que ce « droit divin » exonère de toute démarche d’introspection. Ce concept régressif, interfère systématiquement dans le lien social. Le mode relationnel clanique prédomine et son étanchéité le préserve de tout brassage et d’une tendance à la curiosité altruiste. Notre “crétinisme social” se nourrit de ces réflexes caractéristiques d’intolérance, facteurs limitants au mélange des genres. De faits, quelques spectres de l’obscurantisme politique rodent encore sur certaines places, ces grands amateurs d’indélicatesses civiles, échappent au filtre de la moralité puisqu’ils sont légitimés par la communauté.

 

Nous percevons dans cette vallée, qu’une majeure partie de la population entretient peu d’affinités avec la cause montagnarde, sa pratique et ses enjeux touristiques. Nous avons l’intime conviction que cette majorité, serait bien mieux dans un environnement péri-urbain, puisqu’elle ne semble pas percevoir le contraste entre la géographie Pyrénéenne et celle des plaines. Quand on dépend professionnellement d’un tourisme, sur lequel l’économie d’une vallée est fondée, et que son avenir est entre les mains d’élus locaux indolents, inaptes à une pensée élaboratrice, la situation est plutôt fulminante.

Nous ne saisissons toujours pas, ce désert empathique, et déplorons que ces déploiements d’énergie voués aux agissements négatifs dans le quotidien, supplantent une volonté commune d’œuvrer pour donner une plus-value à ce territoire, qui en pérenniserait son devenir.

Cette période, aura pris la forme d’un état des lieux plutôt pitoyable et pathétique. Nous sommes convaincus, qu’au-delà de l’expression du profil démographique, l’inconscient collectif, reste irréversiblement, défavorable aux enjeux écologiques, touristiques et politiques de demain.

Un jour, un villageois de souche, nous a dit ceci : “Les bons sont partis, les autres sont restés ou revenus”. Cette phrase caricaturale est sans doute explicite.

Un grand merci à tous ces protagonistes de talent qui “salopent” le paradis, confirmant notre misanthropie sélective.

Comme l’aurait dit feu Jean Pierre Pernoud, qui de son vivant fit la promotion d’une culture tout autant singulière, largement reconnue : “Bon vent...”.

Fatalisme sociétal

Henri Lefebvre Philosophe et Sociologue pro-Pyrénéen, dans son analyse des modes relationnels communautaires montagnards, livre quelques clés pour, interpréter le modèle societal Pyrénéen historique, fondé sur la notion transversale de Famille et de Maison.  Le temps des “Castes Pyrénéennes” est révolu. Cagots, Cadets, ces “Intouchables” sont réhabiltés désormais, en intégrant le matérialisme historique Pyrénéen.

 

Entre distorsion, dissonance et fragile harmonie, la pensée collective montagnarde contemporaine, définit ses contours, ses limites. La diversité d’une socièté et la richesse de ses genres, serait une réponse à une démographie viellissante et un célibat Pyrénéen quasi institutionnel, qui impactent essentiellement nos vallées. Ce phénomène est le témoignage de nombreuses hémorragies démographiques historiques, et d’une tradition sociologique familliale, ou le droit d’ainesse absolu, portait préjudice aux cadets en les discriminant. De manière générale le monde rural obéit à la conception d’un rapport intra-famillial fondé sur le “Sens Te, Fasià…” (Sans Toi on Faisait…en Français), impitoyable mode relationnel imposé par le caractère aléatoire et urgent de l’existence, dans lequel les valeurs affectives n’ont pas de place.

 

A ce titre, comment ne pas invoquer la rencontre bouleversante, de Pierre Loustau berger-éleveur de brebis dans le Larboust symbolisant ce drame socio-pastoral qui touche ces générations sans déscendance. La perte d’un savoir faire à haute teneur patrimoniale faute de repreneurs de leur activité, impose résignation à résister dans leur solitude. Pierre à l’aube de ses 80 ans, attend dans un désespoir à la limite de l’insoutenable, qu’une jeune vocation lui emboite le pas, pérénnisant ainsi cette tradition pastorale indissociable de nos montagnes. Quand on se quitte, Pierre qui s’épanche systématiquement sur sa condition, submergé par l’émotion, pleure. Ce ne sont pas ses quatre vingt printemps que je vois dans ses yeux embués, mais plutot ses 70 estives vécues, sa silhouette de petit montagnard leste, quillée sur ses sabots, la faux dans une main, l’autre relevant son béret, entourée de ses brebis sur la pente raide d’une artigue. Image iconographique devenant floue, qui disparait...Depuis fin 2017 un receuil photographique réalisé par Jean Garcia dédié à Pierre et son activité de berger anachronique s’avère ètre un bel hommage au personnage.

l’Escalette, petite montagne avec un grand M 

Escalette, Hourquette, Montagnette, Couret, Espuguette, Tourette, expriment dans leur forme toponymique Occitane diminutive, cette petitesse caractéristique qui redimensionne à échelle humaine, la géographie montagnarde. Ce minimalisme attendrissant confère à ces lieux une accessibilité relative.  

Le pic de l’Escalette est dilué dans un cordon d’arêtes qui s’étire d’Ouest en Est entre Pic du Gar, Col de Caube et Cagire. Son lumineux versant Sud, domine de ses pelouses et de sa hêtraie-sapinière le Col de Menté, le vallon de Larreix et son « jardin d’altitude » ferme harmonieusement son versant Nord au caractère plus austère. Ce modeste sommet de 1856m assure l’arrière-plan de la vallée qui, plein Est depuis Saint Beat, Lez et Boutx, via La D44, relie le Col de Menté. Ce fragment de bitume qui dénivèle sur 850 m, est une institution dans le monde cycliste. Le « Virage de Luis Ocana » et sa plaque commémorative, étant là, pour nous rappeler les grandes heures de ce rituel et quelque peu intrusif Tour de France dans nos vallées…

Une puissante diffluence (étalement d’un glacier en pleine action érosive sur des couches de roches tendres superficielles) du glacier de la Garonne est à l’origine du modelage de cette petite vallée axée Est-Ouest, perpendiculaire au bassin principal. L’érosion glaciaire active à profilé les versants, révélant affleurement rocheux et mouvement de terrain. Le substrat calcaire homogène ne présente aucun verrou glaciaire susceptible de retenir un lac ; sa perméabilité ne pouvant à ce titre conserver l’eau en surface. Seules quelques résurgences font office de sources.

Au Nord de la chaine axiale, sa position offre une évidente explication de l’orographie et l’hydrographie des Pyrénées Centrales. Le sommet est un belvédère absolu sur les 150 km d’interface centrale entre « Pyrénées Jaunes » Orientales et « Pyrénées Vertes » Occidentales…La leçon de géographie sur les principaux massifs est intégrale et didactique.

Sa structure générale oppose un anticlinal découpant une face nord verticale et complexe, contre un synclinal au sud rehaussé par l’affleurement de quelques dorsales redressées. Dolines et ravins d’effondrement caractéristiques de ce relief karstique organisent les mouvements de terrain.

Les composantes géophysiques de L’Escalette sont en fait une subtile synthèse des différents faciès et terrains montagnards incontournables : forêts, pelouses, landes arbustives, éboulis, arêtes et structures rocheuses, cirques d’altitudes, cols et passages…etc. L’opposition « Soulane » et « Ombret » ou « Barguère » est très marquée, le versant sud invite à une contemplation de la haute chaine entre Couseran, Aran, Catalogne, Aragon, Haut Comminges, Aure et Bigorre ; la Thébaïde du versant Nord appelle à l’isolement méditatif.

Le critère altitudinal organisant le paysage montagnard en étageant la végétation, harmonise ici les différentes fonctions et vocations de cette montagne. La structure et la disposition architecturale des affleurements rocheux confèrent à l’ensemble une luminosité caractéristique que seuls, possèdent les massifs calcaires. De ce fait, cette pelouse steppique d’altitude aux caractère calcicole, convient optimalement pour le pacage ovin. Nards, Fétuques, Brachypodes, Paturins…et autres graminées se combinent aux Tréfles, Potentilles, Hélianthèmes, Gentianes et Réglisses, plantes génériques de l’estive, pour subvenir au millier de brebis Tarasconnaises du Groupement Pastoral de L’Escalette orchestré par Frédéric Artigue son président, enfant de Boutx, qui reste lui aussi attaché viscéralement à sa montagne.

La toponymie locale fait état des singularités et des fonctions géographiques de ces quartiers d’estives : entre le Col de Caube et l’Escalette se développe cette longue ligne de crête appelée « la Maillède », sur laquelle se succèdent : « Peyre Nère », la « Maillède Espesa », le Mail Grand », « l’Areclot » (Clot de Rouge) et le Col de Coumes Aygues. Le versant Sud de la Mallède, toujours d’Ouest en l’Est, révèle le « Gouttet de l’Aouech Majou », « l’Aouech Lounc » et « l’Aouech » (couloir de Rouge), jusqu’à la « Hount de la Chourette » (sources). La face Sud-Est de l’Escalette se nomme les « Barallous ». Le « Mail » ou la « Pique » (Piton de l’Escalette) qui supporte la cabane pastorale, cache à ses pieds : la « Pale de la Pique », la « Pale de Salanère » et plus à l’Est la « Pale de Cravalora ». Au Nord de l’Escalette se développe la crète des Parets qui sépare Coumes Aygues et Coumes Crotzes du Prat de Leyte et du bois de Soum (merci à Fred Artigues et Cédric Sagué, montagnards, acteurs pastoraux et personnes ressources incontournables de cette Montagne). Analyse et traduction Occitanes nous révèlent le sens de ces toponymes : Maillède (structure de barres rocheuses) ; Espesa (épaisse) ; Peyre Nère (pierre noire) ; Gouttet (ravin ou couloir d’écoulement des eaux) ; Majou (majeur, le plus grand) ; Lounc (long) ; Aouech (sapin) ; Hount (source) ; Chourette (petite résurgence) ; Pale (pente herbeuse) ; Salanère (lieu de pierres à sel) ; Parets (mur, falaise verticale) ; Leyte (lait et sa production), Cravalora (narcisse des poètes). La plupart des toponymes recensés de nos jours (cartes IGN, témoignages écrits ou oraux) représentent un témoignage de l’aventure humaine en montagne, le fait de nommer un lieu de la même façon permet d’établir la reconnaissance commune d’un territoire. La transmission de ces codes assure la sauvegarde de ce patrimoine.

 

Cette montagne est bien vivante, de par sa respiration pastorale et humaine qui anime son paysage de façon organique. Le mouvement des troupeaux et des hommes sur ses versants contribue à cette « homéostasie » ou « paradigme » géographique. L’Escalette génère donc un souffle de vie perpétuel, alimenté par la synergie de ses composantes. Forets et estives transpirent, roches sédimentaires alcalinisent le terrain pour l’adoucir. Cervidés, isards, sangliers, blaireaux, renards, martres, grands pics noirs, becs croisés et coqs de bruyère, patrimoine faunistique local, cohabitent consensuellement avec cette discrétion caractéristique de la sauvagine. Les zones de quêtes et de remises se juxtaposent harmonieusement. Le répertoire entomologique (monde des insectes) est ici conséquent, on butine, on chasse, on décompose, bref on finalise discrètement tout ce chainage organique. L’aérologie locale dépendante de la géomorphologie, propose une variation des flux et une mécanique des fluides favorable à l’évolution de nos grands rapaces Pyrénéens : aigle royal, vautours fauves et gypaètes barbus partageant cet espace aérien.

La présence de deux refuges non gardés disponibles sur les deux versants est un privilège qui ergonomise tout projets de nuitées au sein de la montagne et surtout d’abris providentiels si besoin. Le refuge de l’Escalette sur la Soulane jouit d’une ouverture panoramique surpuissante, celui de Larreix réserve un cadre intimiste garant d’une certaine quiétude.

Le répertoire d’itinéraires de randonnées pédestres, entre pistes confortables, sentiers discrets et passades dérobées offrent variétés de combinaisons sur chaque versant. Promeneurs en visite contemplative aux cabanes du versant Sud et randonneurs au prise avec les mains-courantes du sentier des Gardes de la Maillède, peuvent donc adapter leur pratique suivant leurs ambitions. En maitrisant la géographie locale l’on peut également traverser chaque versant et de fait découvrir quelques coumes discrètes et autres « récantous » (petits coins en Occitan) secrets.

Les variétés de cueillettes offrent des petits plaisirs gastronomiques saisonniers, Lactère Délicieux sur la litière de la Sapinière au plus chaud de l’été, Oxalys dans le sous-bois humide de la Hétraie, feuilles d’Erytron « Dent de Chien » dans les combes à neige, bourgeons de Sapins Blancs au printemps, Myrtilles et racines de Réglisse dans les pelouses de l’estive ; prolongent gustativement la visite des différents étages de cette attachante Escalette.

Les parapentistes locaux profitant de cette implantation géo-aérologique favorable font usage du versant Sud-Ouest comme site de décollage alimenté par les brises de pentes du grand couloir de Rouge.

En terme d’évènementiel la Transhumance de L’Escalette, début Juin, est le rendez-vous collectif qui inaugure la prochaine saison d’estive en invitant sympathisants et acteurs pastoraux pour une rencontre in-situ génératrice d’un lien social montagnard évident. Aussi, il est important d’invoquer le Trail du Mourtis et la mobilisation locale qu’il implique. Mon point de vue de puriste rétrograde à ce sujet est à revoir, car d’évidence, la pratique du trail est une réalité à prendre en compte, elle peut être un moyen d’accès à la Montagne. Mais gardons-nous de la transformer en stade. Courir en Montagne est souvent une nécessité, pour tenir l’horaire ou s’abriter de l’orage, mais est-ce une fin en soi ?

En mode hivernal la face Sud-Est est la grande classique locale en ski de randonnée. Du sommet les pentes raides et les vallons de la Soulane sont des lignes évidentes. Si l’on cherche du terrain inédit, skier la bonne neige sèche en sous-bois versant Sud et slalomer entre hêtres et sapins est un privilège. L’on peut gouter aux délices poudreux de Coumes Aygues en versant Nord et pourquoi pas, pousser jusqu’au seigneur du secteur : le Cagire.

Les variations du « toucher de neige » sont plus marquées de par les limites altitudinales, les expositions et le couvert forestier. Sur l’Escalette l’on peut skier toutes les neiges en jouant avec ces paramètres.

La pratique de la raquette à neige prend tout son sens quand on progresse hors sentier en forêt pour visiter les coumes cachés du Roc des Graoues, ou traverser vers le vallon de Larreix et sa cabane.

Depuis peu l’alpinisme ou plutôt le Pyrénéisme fait irruption dans le panel d’activités potentielles. Le paysage se verticalise pour le plus grand bonheur des dénicheurs « escorniflaires » de lignes évidentes qui n’attendaient que d’être déflorée.

Montagne synthétique par excellence, l’Escalette propose une compilation de l’univers montagnard à l’accessibilité on ne peut plus pédagogique. Elle devient d’évidence éligible à une fonction de montagne initiatique.

Les « Orothérapeutes », ceux qui marchent devant…

 

En terme de représentation, la communauté montagnarde affiche un répertoire de corporations professionnelles juxtaposées. Elles sont à la fois gardiennes du temple de la tradition, et de celui du modernisme. L’engagement moral dans leurs missions est de l’ordre de la dévotion, n’oublions pas que ces vocations résultent la plupart du temps d’un prolongement de la personnalité de chacun d’eux. Cette nomenclature montagnarde possède bien un dénominateur commun qui donne son plein sens à ces quotidiens quelques peu anomiques.

Je m’attacherai à identifier particulièrement la corporation des Guides et Accompagnateurs, ces « Passeurs de Montagne » à qui se doit la maitrise et la transmissions de « l’art » du déplacement en montagne et l’interprétation des singularités de ce milieu. Se mouvoir dans l’espace montagnard, dans une sécurité relative ; justifie l’apprentissage d'un savoir-faire.

Ces “métiers passions”, sont avant tout, dépositaires de cette culture montagnarde. Leur mission est à valoriser auprés du grand public, afin d’en définir les contours et d’en démystifier le privilège qu’elle semble assurer à ces montagnards “jusqu’au boutistes”, qui ont choisit cette voie d’accomplissement.

A l’origine berger, chasseur, cristalier, passeur ou contrebandier, il devient, Porteur, Guide à Cheval, Guide à Pied, Guide de Sommet. La corporation évolue au grè des mutations sociètales, afin que le Guide se discipline et stabilise sa fonction.

Aujourd’hui les “Guides” ne sont plus des montagnards endémiques, l’image du” Guide-Paysan” autochtone est relayée par des profils de Néo-Montagnards de toutes origines géographiques et sociales.

Au début du XIX° siècle en résonnance avec l'avènement de l'Alpinisme et du Pyrénéisme la fonction de "Guide de Montagne" emerge et entame son processus de professionalisation.

Au service de cette tradition de l'effort, inhérente à la Montagne, les “Guides” transmettront ainsi quelques valeurs humaines fondamentales, dont nos sociétés modernes s'éloignent peu à peu. La Montagne est l'un des derniers carré de liberté dont ils sont les passeurs initiatiques.

 

« Tots temp pujar ! » (Tout le temps, monter… en Occitan), serait l’aliénante devise de notre personnage, dont la destinée serait au service de cette pente qu’il pense maitriser. Cette lutte incessante contre la gravité, façonne ces physiques singuliers : les longilignes se nouent, tel le « souquet » de vigne, les râblés débordent de puissantes curvilignes. Le « pompil » (mollet en occitan), se veine comme un avant-bras ; il est le premier levier de cette mécanique du corps s’élevant dans un plan vertical : « Arquer » vers le haut…

 

 

L’essence première d’un professionnel de la Montagne serait cette quête permanente de matière pour nourrir sa connaissance du milieu et en améliorer sa perception. Cette collecte d’informations (articles, publications, bibliographie, rencontres, échanges…) permet un réajustement de sa pratique, pour une transmission toujours plus didactique. “Pyrénéologues” par nature, cette stimulation continuelle au caractère introspectif, est necessaire à leur crédibilité professionnelle. En posture de “l’eternel étudiant” en “Fac Montagne” le contenu de leurs argumentaires s’épaissit pour mieux définir l’essentiel à communiquer. La transversalité des thématiques est souvent dictée et inspirée par la nature du terrain et son potentiel.

 

Ces professions composent avec la plus versatile des variables d’ajustement : le « facteur humain ». L’individu se révèle quand il est poussé dans ses retranchements et qu’il n’a pas le choix que de renoncer à sa condition d’appartenance.

 

L'approche socio-anthropologique nous révèle que l’usager de la Montagne, est en quête permanente de rupture avec son quotidien afin de ménager sa santé mentale et d’ engager sa personne, dans un modèle de pensée vertueux. La pratique de la montagne procure une forme d'élévation spirituelle et implique une forme d'apologie de la lenteur diamétralement opposé aux rythmes de nos sociétés. C'est par l'intermédiaire du montagnard professionnel, que le pratiquant va reconquérir sa place d’invité temporaire de la Montagne, accomplissant ce rite initiatique informel, éloigné de notre pensée collective contemporaine.

 

Principale substance des activités montagnarde, la « Marche » reste un acte transversal et indissociable de ces professions. Elle est avant tout un réflexe archaïque élémentaire (chez le nourrisson) et un acte synonyme de l’évolution de l’espèce humaine (bipédie). Se rééduquer à la « Marche » est un combat lourd de sens et une reconquête pour celui qui en a perdu l’usage (handicapés moteurs, accidentés). Certaines populations citadines en rupture avec le milieu naturel, rejettent l’activité, synonyme dans le monde moderne, de régression sociale et de précarité matérielle. A l’inverse dans les modèles

de sociétés archaïques ou en voie de développement, « Marcher » est une nécessité quotidienne vitale pour l’urgence et la survie.

Initiatique et thérapeutique à la fois, la Montagne neutralise temporairement les conditions sociales et appartenances communautaires. Elle uniformise la pensée collective qui retrouve son état originel, celui de cette simplicité organique qui nous représente dans la biodiversité. Les chocs émotionnels de tout ordre qu’elle procure ont un pur effet curatif sur nos morales à tendances névrotiques. Redevenir « Chasseur-Cueilleur », régresser un bref instant, représenterait en somme un de ces rites de passages disparus de notre civilisation contemporaine. Etre attentif et réactif à l’environnement qui s’offre ou fait pression, réajuste un ordre des choses dans lequel s’adapter prévaut prioritairement. Opportunisme, vénalité et convoitise, pathologies comportementales inconscientes de l’espèce humaine, s’effacent pour laisser place à des modes relationnels authentiques. La notion de « psychopompe » prend alors tout son sens, la montagne lançant son invitation temporaire à ses hôtes éphémères ; active cet effet transitionnel.

La Montagne assure cette fonction d’objet transitionnel et de point de fixation inaltérable. « L’Orothérapie », la montagne comme outil thérapeutique, dont l’effet secondaire majeur sera une probable addiction, est salutaire. « Orothérapeutes » malgré eux, les professionnels de la Montagne se voient dans l’obligation de recontextualiser leur mission, dont la vocation, révèle un caractère curatif. Ils sont devenus prescripteurs d’une notion de « pédagogie de la réussite », qui place systématiquement l’individu, en reconquête de sa propre estime. L’Orothérapie n’est pas un concept alternatif, marginal, qui utopiquement réhabilite tout ce qui nous fait défaut, c’est tout simplement une constatation, fruit de mon expérience. Ma certitude quant à ses effets curatifs, je la tiens de ces brefs instants pendant lesquels j’ai perçu cette plénitude envahir les personnes qui ont emboité mon pas.

« Tras Montanha »

La formule Occitane se traduit par « de l’autre côté de la Montagne… » et implique un déplacement géographique. « Tras » nous mène « derrière » ; « au-delà », il nous déplace en des lieux méconnus, obéissant à un autre principe de réalité. Le montagnard assigné à résidence par l’autorité d’une géographie en sa défaveur, convoitera ces versants opposés, synonymes d’illusions et d’issue.

 

Le vivant migre, se propage, il comble un vide organique de façon systématique. L’aérologie favorise le peuplements végétal en déplaçant de façon aléatoire ses semences. La sauvagine en lien avec l’alternance des saisons et leurs profits, à recours à la migration altitudinale afin d’optimiser ses chances de survie, telles les transhumances spontanées estivales, des grands herbivores, aux temps où nous étions chasseurs-cueilleurs. Les périodes automnales annoncent les mouvements de franchissement des Pyrénées par l’avifaune migratrice, partant hiverner sous des latitudes plus clémentes.

 

La tradition Montagnarde de l’Estive ou de l’Alpage, matérialise la migration agricole par excellence, mobilisant les communautés rurales d’en bas et d’en haut, de manière transversale.

Le Montagnard pratiquait un nomadisme agricole vers les plaines, en lien avec la saisonnalité d’un calendrier rural décalé de par la climatologie, et pour des besoins économiques évidents. Cette tradition de mouvement géographique favorisera les unions intercommunautaires, en contribuant au brassage des populations.  

 

Le village de Boutx (Haut-Comminges) confronté à sa surpopulation, illustre un mouvement migratoire intra-Pyrénéen. Les Cadets de chaque « maisons » en quête d’avenir, et les contentieux relationnels entre habitants obligèrent à un déplacement et une installation sur le versant oriental du Col de Menté dans la Coume du Ger. Ainsi à partir du XI° siècle le village de Ger de Boutx et ses hameaux voient le jour.

 

Pour le « Montanhol » la notion de frontière politique ou militaire reste informelle et des plus relative. Le libre mouvement des troupeaux sur les deux versants est une logique territoriale inaliénable. Sources et pâtures d’altitudes seront toujours échangées suivant les besoins et le bon vouloir des populations solidaires. En réponse aux innombrables conflits diplomatiques entre France et Espagne, le Pyrénéen meurtri par l’histoire, va instaurer dès le début du XIV° siécle ce pouvoir populaire, que les historiens appellent « La Paix Pyrénéenne » : Les Lies et Passeries. Ces accords inter-valléens émanent d’une volonté montagnarde spontanée insaisissable par l’institution. Montjoies, Termes et Peyrehitte ou Peyreficade sont les témoins intemporels de ces limites territoriales définies par ce peuple Pyrénéen. Le traité du plan d’Arem à Fos, qui réunira 21 vallées transfrontalières en Avril 1513, est un exemple de mobilisation de la communauté montagnarde.

 

Saint Béat de par sa position géostratégique aux portes du Val d’Aran est baptisée la « Clé de France ». En 1649, Louis XIV et Philippe IV entame un lent processus de fixation des limites nationales, qui ne sera définitif deux cent ans plus tard. Mazarin signe « le Traité des Pyrénées », qui prévoit principalement, l’échange du Val d’Aran contre le Roussillon et une partie de la Cerdagne. Cet accord va définir l’élaboration de la future frontière Franco-Espagnole. 

 

La campagne d’abornement débute en 1853 pour s’achever en 1863. D’Ouest en Est ; 602 bornes frontières sont posées sur la dorsale franco-hispanique. Cet évènement géopolitique majeur de l’histoire Pyrénéenne, restera anecdotique pour les populations locales. Elles poursuivront leurs libres mouvements transfrontaliers, sans changements aucun.

 

Les ténèbres du Franquisme engendreront « la Rétirada », cet exode salutaire, officiellement reconnu entre 1936 et 1939, dura dans la réalité des faits jusqu’en 1975. C’est au sein des nouvelles cellules familiales hispaniques déracinées, que va s’orchestrer dans la gravité d’une discrétion de circonstance, durant 39 années, un franchissement des Pyrénées, devenues clandestines. Le foisonnement de chemins de traverses, de sentes dérobées, de passades providentielles, offrira la liberté aux candidats à l’exil. Fin Aout 1939 le Port de Vénasque, verra passer Francesc Tosquelles Llaraudo (francisé en François Tosquelles). Cet intellectuel Catalan, activiste du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), dont la tête mise à prix par les administrations franquistes et staliniennes, sera un activiste accompli au service de la II° république. Ce brillant médecin-psychiatre, une fois sur le sol Français, deviendra une éminence, en matière du traitement du traumatisme de guerre, dont les thérapies avant-gardistes seront fondées sur le principe de l’empathie et de l’écoute et une approche poétique de la folie.

 

Chaque année, le 15 Aout les vallées Pyrénéennes et Alpines fêtent leurs Guides de Montagne. A cette occasion, les jeunes montagnards professionnels invitent les anciens à partager la tradition. 

Dans la vallée du Larboust, au-dessus de Bagnères de Luchon, vivait un vieux Guide, André. Chaque été, André attendait cette date pour retrouver ses vieux collègues et faire connaissance avec les jeunes générations. Quand il descendait de sa vallée pour participer à la Fête des Guides, Il portait toujours sa vieille médaille de Guide avec une belle Gentiane (fleur de montagne) gravée, sa médaille de Moniteur de Ski numéro 317 (…aujourd’hui nous en sommes aux environs du numéro 18 000…), et une énorme médaille grise argentée, sur laquelle un drapeau des Etats-Unis et des inscriptions anglaises, étaient visibles.

La médaille d’André intriguait tout le monde. Alors André répondait aux questions de l’assemblée qui faisait silence, et commençait son récit ainsi :

« Pendant la deuxième Guerre Mondiale, j’étais Passeur. Durant cette sombre période, il fallait faire quelque chose pour résister à l’occupant. Alors nous, certains jeunes Guides, on s’est engagés dans la Résistance. Le fait de connaitre de nombreux itinéraires et sentiers dérobés dans la montagne, me permettait moi et mon groupe d’échapper à la surveillance des patrouilles Allemandes. J’ai fait trente-deux passages entre 1942 et 1944. Nous marchions toujours la nuit, sans lampe, pour rester le plus discret possible. Un réseau de la Résistance de Toulouse amenait un groupe d’une dizaine de personne au point de départ : Ferrère en Barousse. Dans les groupes il y’avait toujours une famille Juive, des aviateurs de la Royal Air Force (Armée de l’Air Britannique) et de l’US Air Force (Armée de l’air des Etats-Unis). L’itinéraire passait par Pradaus (près du Port de Balès) pour rallier le village de Mayrègne en vallée d’Oueil, où quelqu’un nous cachait dans une grange et nous ravitailler en nourriture. Ensuite nous passions par Saccourvielle, les Granges de Gouron pour aller se réfugier sur la montagne de Couradille dans une cabane, dans le secteur de l’Hospice de France. Enfin nous franchissions la frontière Espagnole pas loin du Pas de Vilamos pour gagner le Val d’Aran, ou le groupe était pris en charge par un autre Passeur. Il nous fallait trois jours de marche à la fin de l’hivers quand les jours étaient plus courts, et quatre jours en été. Les familles n’étaient pas équipées pour marcher dans la montagne, souvent je portais des enfants, et les aviateurs, militaires entrainés, aidaient les plus faibles. La solidarité et l’entraide étaient obligatoires. J’ai eu beaucoup de chance durant ces passages, sauf la fois ou un bébé qui pleurait nous à empêcher de sortir de la cabane de Couradille, de peur d’être entendu par l’ennemi. Quand il y’avait encore de la neige en altitude, les paysans sympathisants Espagnols et Français, faisaient passer la veille du passage, un troupeau de vaches ou de mulets, pour faire la trace dans la neige et nous faciliter la marche.

Une fois, dans le groupe il y’avait un jeune Capitaine de l’US Air Force, Chuck Yeager, qui s’était éjecter de son avion détruit, et cherchait à revenir en Angleterre pour reprendre le combat aux cotés des Alliés. Cet homme héros national dans son pays est devenu pilote d’essai. C’est lui qui testait les avions modernes et surtout les avions à réactions. Il devint l’homme le plus rapide du monde, en franchissant Mach 1 (la vitesse du son), en 1947. Il refusa de participer aux programmes de la conquête spatiale Américaine (Mercury et Apollo).

Il devint Général, et avait toujours cette idée en tête, celle de retrouver un jour ce jeune Passeur qui l’avait conduit dans la nuit Pyrénéenne, vers son destin.

Ce fut chose faite, un jour en 1972, je reçu une invitation de l’ambassade des Etats-Unis à Paris, où je fus reçu en « grandes pompes », par des diplomates Américains. L’un d’eux se présenta devant moi avec un « placard de médaille » sur la poitrine, c’était Chuck Yeager. Je crus reconnaitre son visage, parmi tous ceux que j’avais croisé durant ces passages. Nous nous primes dans les bras l’un l’autre, sans rien dire, en croisant juste nos regards, chargés de larmes d’émotions. Chuck me remit cette médaille au nom de l’Etat Américain, pour me remercier de mon engagement dans la lutte contre Hitler et le fascisme. »

Cette médaille, c’est celle des « Justes », ces « belles personnes » à la noblesse d’âme infinie, telles Jeanne Rogale et Jean Bénazet dit « Piston », ces Ariégeois qui ont été reconnu par l’Etat Français, pour leurs actes anonymes, héroïques durant la seconde Guerre Mondiale. 

Chuck Yeager est le personnage principal d’un film Américain « l’Etoffe des Héros » (The Right Stuff) sorti en 1984, qui raconte l’histoire de la conquête spatiale Américaine. Ce film a été récompensé aux Oscars.

De nos jours dans Le Briançonnais, à la frontière Italo-française, se trame une tragédie sourde, directement imputable au cynisme de nos gouvernances. Entre Montgenèvre, Névache et la vallée du Lautaret, la Montagne est le théâtre d’un drame humanitaire avéré, mettant en scène l’errance d’âmes en peine, victime de l’évènementiel géopolitique, fuyant la persécution, en quête d’une simple liberté légitime. Pour faire face à l’indécence institutionnelle Française, laissant impunément des civils vulnérables, devenir de martyrs de notre Européanisme, l’élan empathique des montagnards Hauts Alpins, va générer un mouvement d’entraide, qui en 2015 va devenir une association d’indignés, se mobilisant contre l’indolence et la cruauté sociétale : « Tous Migrants ». En Décembre 2017, afin de dénoncer cette régression du décisionnel politique, et la militarisation de la frontière, 300 personnes sympathisants de « Tous Migrants », ont formé une « Cordée Solidaire » au col de l’Echelle 1762m. J’ai eu le privilège de rencontrer la cofondatrice de cette association, Stéphanie Besson, Briançonnaise, Accompagnatrice en Montagne de son état, philanthrope notoire, et pourfendeuse de la bêtise humaine. Ce personnage débordant d’humanité, s’est vu devenir porte-parole de ce mouvement, en produisant en 2020 un ouvrage « Trouver Refuge. Histoires vécues par-delà les frontières. », édité chez Glénat et préfacé par Edwy Plenel, ancien éditorialiste au quotidien « Le Monde » et fondateur de "MédiaPart". Ce recueil de témoignages, révèle l’innocence des victimes de cette pathétique discrimination, fruit d’une pensée technocratique déshumanisée à l’extrême, reçoit en septembre 2021, à Venise, le Prix Littéraire Mario Rigoni Stern. Cette reconnaissance culturelle et intellectuelle, légitime la noblesse de l’engagement du collectif, mais aussi va mettre en lumière la malveillance étatique. Comble de l’absurdité, Stéphanie s’est vu remettre la médaille des Droits de l’Homme en 2019, par notre gouvernement affichant son insoutenable incohérence, étant donné qu’il soit architecte de ces tragédies. Afin de persister dans l’ubuesque et l’obscurantisme, notons cette notion du « Délit de Solidarité », révélant le machiavélisme et la démagogie de nos dirigeants décrédiblisés. A ce titre, les actes récurrents d’insoumission de Cédric Hérrou en vallée de la Roya, qui hébergea régulièrement des migrant naufragés, illustre le modernisme de notre barbarie, dans laquelle prévaut la non-assistance aux personnes en danger.

Je ne peux décemment citer l’Article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, relatif au libre déplacement d’un individu où bon lui semble, tant la substance première de ce texte fondateur est devenue ambiguë, car corrompue par « Voyous de l’Etat » et autres « Malfrats de la République », nous conviant de faits, à la désobéissance civile.

Ouvririons-nous nos portes, si d’ici peu la tragédie nous rattrapait ? Cerdans, Couseranais, Commingeois, Bigourdans, Toys, Bearnais et Souletins, ont-ils gardé où diluer leur âme de « Juste » ? l’introspection est douloureuse, n’est-ce pas… ?

« Tras Montanhas, traparem un ostal barrada a claou ? » (De l’autre côté de la Montagne, trouverons-nous une maison fermée à clé ?)